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1033414/09/1979LUSSAC-LES-CHATEAUX

LE GROUPE CARDOT VERS UNE REPRISE OU UN DÉPÔT DE BILAN

Les informations recueillies mardi soir par les membres de l’entreprise SEL Cardot de Lussac-les-Châteaux, lors d’une rencontre avec le préfet de Région ne seront pas hélas, qu’un pétard mouillé mais le détonateur d’une crise qui s’est révélée, il y a une dizaine de jours par l’annonce de soixante-seize licenciements dans le groupe qui compte, outre la Société d’Ébénisterie de Lussac, la MEB dans ce canton, la SMP à Châtellerault et la SADI à Loudun. Ces quatre usines emploient 674 ouvriers et employés à la réalisation d’ébénisterie de télévision et de meubles.

Si les licenciements ne concernaient que les ateliers de Lussac, créant dans la cité une vive émotion, de nouvelles informations viennent de semer l’inquiétude dans tout le groupe.

Mercredi soir, à Lussac, lors d’une rencontre avec les commerçants locaux prêts à se montrer solidaires, les membres du comité d’entreprise annonçaient que la société ne pourrait faire face à l’échéance du 10 octobre qu’elle pourrait déposer son bilan d’ici là et qu’un passif de 20 millions était avancé. Ce chiffre d’ailleurs, étonne les membres du comité d’entreprise dans la mesure où l’exercice de 1978 du groupe fut présenté en équilibre.

« Deux milliards de centimes en neuf mois, alors que nous avons travaillé normalement, c’est inconcevable, disent-ils. et nous aurions dû en être informés ».

L’inquiétude qui, hier, touchait les Lussacois à l’annonce de licenciements, s’étendait aujourd’hui aux Châtelleraudais et aux Loudunais. Certes, dans le groupe, le personnel connait les négociations de rachat en cours mais elles ne concerneraient qu’une partie de son activité.

A Lussac, diverses manifestations de solidarité ont déjà eu lieu et les commerçants, industriels et artisans seront invités à faire de leur cité une ville morte, le vendredi 21 septembre.

Des initiatives identiques ont été souhaitées dans les villes, où sont implantées des usines du groupe.

Si aucune solution n’était trouvée, c’est toute l’économie du département qui en souffrirait.

Pour la direction : « Une catastrophe... »

M. Laurent, directeur, ayant eu connaissance des informations sur les risques de dépôt de bilan et le passif du groupe par un tract syndical, a fait distribuer hier en fin de matinée, à Lussac, une lettre au personnel qui devait être diffusée dans l’ensemble du groupe et nous faisait la déclaration suivante :

« C'est avec une intense émotion que je prends connaissance des informations en votre possession à la suite de la réunion des membres d’entreprise de la Société d’Ébénisterie de Lussac, avec les commerçants et M. le Maire de Lussac.

« A l’heure où nous en étions à mener des négociations extrêmement difficiles, avec de nouveaux partenaires pour assurer la survie des quatre sociétés du groupe, ces informations constituent un véritable coup de poignard dans le dos à l’œuvre que nous poursuivons depuis plus de trois mois.

« Une société dans le système économique dans lequel nous vivons ne peut vivre que si elle conserve le crédit de ses fournisseurs et la confiance de ses clients.

« Une société sans crédit-fournisseurs et sans commandes-clients est conduite à une disparition rapide même si la situation financière est au départ, extrêmement florissante.

« L’étalage au grand jour de nos difficultés actuellement - l’annonce fausse à ce jour - d’un dépôt de bilan va nous retirer instantanément la confiance de nos fournisseurs et clients.

« En conséquence, il est vraisemblable que si cette appréhension se concrétise, et j’en suis à peu près certain, nous seront effectivement conduits sous peu à déposer le bilan de nos sociétés et ceci, sans qu’une solution de reprise et de continuité ait pu être mise sur pied.

« Aussi, je suis maintenant personnellement très pessimiste sur la possibilité de sauver la majeure partie des 674 emplois du groupe après ces informations.

« Je regrette profondément que ce que je considère comme une véritable catastrophe soit l’œuvre de syndicats et de personnes attachées à vouloir sauvegarder l’emploi en Poitou et ceci suite à une interprétation malheureuse d’informations reçues des Pouvoirs publics.

« Le sauvetage d’une société est œuvre de longue haleine qui n’a de chance de réussite que dans le secret de négociations difficiles menées dans un climat serein avec une poursuite normale d’activités. Je constate que ces conditions ne sont plus réunies aujourd’hui et je le regrette profondément ».

Hier matin, l’Inspecteur du Travail était à Lussac-les-Châteaux, dans le cadre de la procédure de licenciements collectifs déposée par la Direction du groupe.

Limiter les licenciements, éviter un dépôt de bilan, c'est l’heure des choix pour l’économie du département.

 

 

le 04/08/2023 à 16:21

Source : La Nouvelle République du Centre Ouest

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