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1108122/08/1981CHATELLERAULT

À L'USINE MÉTALLURGIQUE DE DOMINE LA REPRISE S'ACCOMPAGNERAIT D'ENVIRON 150 LICENCIEMENTS

La CGT espère encore les éviter

Il n’y aura pratiquement pas eu de trêve sociale dans le Châtelleraudais, où comme on le sait beaucoup d’entreprises sont en situation de crise ou inspirant des inquiétudes. Parmi celles-ci, deux « plaies ouvertes » monopolisent quasiment l’attention des différents partenaires concernés : Gallus, occupée depuis le dépôt de bilan ; et l’Union métallurgique de Domine (Naintré), en règlement judiciaire.

En position de force dans ces deux cas, la CGT ne lâche pas prise, répète inlassablement que ces entreprises ont leur place et que des solutions industrielles doivent être trouvées pour conserver la totalité des emplois (143 pour Gallus, 300 pour Domine).

Certains n’y verront de sa part qu’un intérêt « de boutique » à se situer sur le nouvel échiquier politico-social comme une organisation syndicale intransigeante, même au prix d’un maximalisme aveugle. D’autres penseront qu’elle veut tester ici la volonté de changement du nouveau gouvernement et ses moyens de la mettre en œuvre. La CGT, elle, affirme simplement défendre l’intérêt des travailleurs et vouloir imposer des solutions qui partent de cet intérêt et non plus de l’intérêt des « capitalistes », c’est-à-dire des solutions qui marquent « le changement pour lequel les travailleurs ont voté en 11 mai ».

On ne peut pas encore dire que le ton monte entre les pouvoirs publics et la CGT, mais il est incontestable qu’elle s’impatiente : une manifestation des salariés de Gallus auprès de Mme Edith Cresson (voir en chronique de Châtellerault), et une conférence de presse à l’UMD ont montré hier que si aucun geste d’apaisement n’est fait, des actions « plus fermes et plus spectaculaires » sont à prévoir très prochainement...

Par ailleurs, quelques dizaines de salariés de l’Usine Métallurgique de Domine ont débrayé hier matin pour assister à la conférence de presse donnée par leurs responsables syndicaux, en présence du secrétaire général de l’UD-CGT.

Rappelons la situation : quatre sociétés distinctes constituant le « groupe » UMD sont installées à Domine, et la situation de la plus importante, l’UMDI (280 salariés, matériels de forage et sondage, équipements pétroliers, emboutissage) s’est rapidement détériorée depuis le début de l’année.

Un nouveau PDG n’y change rien, et un administrateur provisoire est nommé le 1er juin. Le 9, il dépose le bilan d’UMDI et de la SIV (société de services employant une vingtaine de personnes) qui sont mises en règlement judiciaire. La poursuite de l’exploitation est autorisée pour trois mois, donc jusqu’au 9 septembre, l’administrateur provisoire opérant sous le contrôle du syndic, Me Munaux.

Simultanément s’est mis en place le nouveau gouvernement et des réunions répétées se déroulent au CIASI (Comité Interministériel pour l’Aménagement des Structures Industrielles) pour tenter de mettre au point un plan de reprise.

Les contacts vont évidemment vers les professionnels du forage, et très rapidement il apparaît à tout le monde que la société Elf-Aquitaine, qui développe précisément ses recherches pétrolières, pourrait être « l’appui » pour un redémarrage de Domine.

Aujourd’hui encore on en est là : les modalités de constitution d’une société nouvelle autour d’Elf ou ses filiales sont en discussion à Paris. Ce pourrait n’être qu’une question de jours, mais une information a filtré : cette société ne reprendrait que cent ou cent-vingt salariés. Sachant qu’il y a 44 « pré-retraités » en puissance, le nombre des licenciements pourrait tourner autour de 140 ou 160, voire 200 selon la CGT...

Pour une relance

La CGT est favorable à une reprise « adossée » à Elf-Aquitaine, mais ne veut pas que ce redémarrage s’accompagne de licenciements. Elle n’hésite pas à dire que « les difficultés récentes ont été créées de toutes pièces et réclame une commission d’enquête sur les bilans 79 et 80, alors que la société est rentable.

L’intensification de la recherche pétrolière et le développement de la géothermie justifient au contraire, pour le syndicat, un renforcement des moyens industriels et commerciaux de la société. Celui-ci, joint à des mesures sociales - pré-retraites, abaissement de la durée du travail, 5e semaine de congés - et à une réorganisation du travail, devrait permettre de maintenir les 300 emplois et à terme d’accroître l’effectif.

L’organisation syndicale attend donc du pouvoir qu’il s’oppose à tout licenciement, que le dépôt de bilan soit retiré, qu’un dirigeant « honnête et compétent » soit nommé et l’activité relancée. En tout cas, elle veut que les travailleurs et leur syndicat soient associés aux discussions avec les groupes intéressés par la reprise.

Sur le fond, elle veut donc une solution « dynamique », qui aille dans le sens de ses revendications sur le contrôle du crédit, la relance des entreprises à haute technicité, l’amélioration des conditions de travail et du pouvoir d’achat.

Sur la forme, la CGT n’apprécie pas, après avoir été reçue dans les ministères, de n’être pas partie prenante au « montage » des opérations de reprise proprement dites. Elle réclame qu’un et même plusieurs ministres viennent discuter des conditions du « sauvetage » économique du Châtelleraudais...

Enjeu politique aussi

Le pouvoir croit-il à l’utilité concrète de ce genre de table ronde, est-il prêt à en faire une pratique constante ou à le concéder ici comme un geste envers la CGT ?

Celle-ci avait obtenu un accord sur le principe mais qui n’a pas débouché pour l’instant. Le pouvoir politique n’est d’ailleurs pas son seul interlocuteur, mais aussi le patronat « qui est resté en place » et vers lequel seraient dirigées certaines manifestations à venir.

Dans le cas de Domine, il y aura peut-être loin des aspirations de la CGT aux solutions qui sortiront des réunions parisiennes. De l’avis du syndic en tout cas, « sans l’appui du gouvernement, personne ne se serait manifesté pour reprendre l’UMD ». D’ailleurs le plan n’est pas arrêté et si tout le monde est d’accord pour chercher l’issue la plus favorable sur le plan social « il faut aussi qu’elle soit financièrement acceptable par les créanciers ».

C’est un aspect de la question qui passe au second plan pour les travailleurs et les syndicalistes. Si la CGT reconnaît que « le passif ne permet pas de renverser la tendance en cent jours » elle estime aussi qu’il y a un « risque si la dégradation de la situation se poursuit ».

Pour ce qui concerne Domine – où le climat est sérieusement détérioré notamment entre l’encadrement et certains salariés – et plus généralement le Châtelleraudais, elle ne désespère pas encore d’être entendue : « ce n’est pas une déclaration de guerre, mais il faut endiguer le début de déception qui se manifeste... ».

J.-P. MERCIER

Photos : Après avoir compté plus de 500 salariés, l’ensemble industriel de Domine représente aujourd’hui 400 emplois et… une proportion considérable de ressources pour Naintré – Le mouvement social s’intensifie à Châtellerault. En marge de l’évolution de Domine, les travailleurs de Gallus ont été rencontrer Mme E. Cresson, qu’ils ont suivie jusqu’à Lencloître

 

 

le 03/10/2023 à 12:47

Source : La Nouvelle République du Centre Ouest

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