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1195201/06/1983POITIERS

GRÈVE LARGEMENT SUIVIE À EDF-GDF — LES COUPURES ONT ÉTÉ NOMBREUSES

La grève de quatre heures lancée hier au plan national par quatre syndicats des personnels d’EDF-GDF et des Régies d’électricité a été largement suivie. La direction du centre de distribution EDF de Poitiers (Vienne et Deux-Sèvres), indiquait une participation de près de 92 % des agents normalement présents. Les insuffisances de production ont entraîné des coupures qui atteignaient 40 à 60 % de la puissance habituellement fournie. Ces délestages « tournants » ont duré la matinée et affecté la quasi-totalité des usagers - à l’exception des secteurs où se trouvent des établissements prioritaires - avec des interruptions de près de deux heures parfois.

CGT-GNC un solennel avertissement

Le syndicat CGT, majoritaire, et le GNC (cadres) ont distribué quinze mille tracts à la population, et tenu des assemblées générales dans tous les centres. Ils déclarent avoir été contraints d’imposer cette gêne aux usagers, mais soulignent que les intérêts de ceux-ci et ceux des électriciens et gaziers sont « convergents ». Pleinement satisfaits de l’ampleur « pratiquement jamais atteinte » du mouvement, ils y voient la marque de « la détermination des agents à ne pas se laisser manger la laine sur le dos ». Et un avertissement « solennel » aux pouvoirs publics et à leur direction, exprimé dans des motions déposées hier.

Celles-ci développent les motifs de la grève, dont le « détonateur » a été, toujours selon ces syndicats, « l’atteinte aux droits statutaires en nature, un acquis d’avant même la nationalisation ». Des avantages en nature qu’il est difficile d’évaluer puisqu’ils dépendent de l’usage qu’en font les agents, c’est-à-dire varient d’un salarié à l’autre. Mais s’agissant principalement du tarif préférentiel auquel ils paient l’électricité, la CGT estime qu’il correspond en moyenne à un rabais de 1.500 à 2.000 F par an. Un avantage considéré bien sûr comme « un élément de rémunération, donc de pouvoir d’achat qui est imposable ».

CGT et GNC s’insurgent contre la campagne tendant à faire passer les agents d’EGF pour des « super-privilégiés ». Ils observent au contraire que le personnel ne recueille plus « tous les fruits de son travail » puisque cet avantage ne représente plus que 1,08 % du chiffre d’affaires, contre 1,52 % en 1952. Surtout, ils dénoncent le fait qu’on parle beaucoup plus du 1 % réparti entre 600.000 agents, que de l’autre 1 % distribué aux 6.000 actionnaires des sociétés d’avant la nationalisation ». Des avantages qui n’empêchent pas EDF de pratiquer « des tarifs-cadeaux aux entreprises, et de vendre l’électricité la moins chère d’Europe, et bientôt du monde ».

Pour eux en tout cas, « ce ne sont pas ses agents qui mettent EDF en difficulté », et ils refusent cette « fausse solidarité ». D’autant qu’elle s'ajouterait, non seulement aux « injustes mesures du plan d’austérité Delors », mais aussi à d'autres problèmes propres à la profession : probable remise en cause de la clause de sauvegarde sur les salaires de 83, suppression de trente postes « sans tenir compte de leur nature », absence d’avancée sur les classifications, « bradage » du Centre de Poitiers et menaces sur le projet de Civaux... Selon la CGT et le GNC, le mouvement d’hier a également permis aux agents de « comprendre leur intérêt à intervenir dans le débat pour que le changement n’aille pas à l'envers... ».

CFDT pas de nivellement par le bas

La CFDT appelait également à la grève d’hier, mais sans coupure de courant. Son syndicat estime que le personnel « a démontré qu’il défendra le maintien du pouvoir d’achat en refusant toutes les atteintes contre les avantages en nature... Si la CFDT agit pour construire de nouvelles solidarités, cela n’a rien à voir avec le nivellement par le bas et l’austérité pour les seuls travailleurs... Compter sur la résignation des agents et passer outre n’entamera pas la détermination du personnel qui poursuivra et durcira sa position ».

Rappelons que FO et la CFTC avaient aussi lancé un mot d’ordre de grève.

Une protestation de la CCI

Le président et une dizaine de membres de la Chambre de Commerce et d’Industrie ont déposé hier à la préfecture une motion où la CCI s’élève très vivement contre cette action et souhaite que les pouvoirs publics trouvent une solution pour empêcher que certains fonctionnaires, pour des raisons d’intérêt strictement personnel, paralysent l’économie, augmentant ainsi les difficultés d’un pays qui en a déjà suffisamment ».

Sans contester le droit de grève aux agents d’EDF, la CCI se déclare « choquée » qu’ils puissent, pour maintenir des avantages. « très appréciables », décider de coupures, « qui sont la négation du droit au travail pour les entreprises ». Elle proteste véhémentement contre « la décision d’une minorité qui interdit aux entreprises de travailler alors qu’elles constituent l’avenir économique de la France.. ».

 

le 26/12/2023 à 10:39

Source : La Nouvelle République du Centre Ouest

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