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1223726/01/1984NOUAILLÉ-MAUPERTUIS

DES EXCÈS DE LANGAGE MAIS PAS DE VRAIS DIALOGUES

Une usine, dans une commune de 1.500 habitants, c’est précieux. Même quand cette commune s’appelle Nouaillé-Maupertuis, à dix kilomètres des portes de Poitiers où travaille la majorité de sa population, Mais le jour où cette entreprise flanche, c’est dangereux. Dangereux pour l’emploi bien sûr, mais aussi pour les finances communales.

C'est le cas à Nouaillé où le dépôt de bilan de la briqueterie Puisais a pris tout le monde de court. Après plus d’un demi-siècle d’expansion, l’usine rouge qui domine le village où dort la prestigieuse abbaye paraissait inébranlable. Ce chef-d’œuvre d’un homme entreprenant est aujourd’hui en péril.

Autrefois, on sonnait le tocsin et tout le monde accourait au feu. Aujourd’hui encore, et surtout dans une petite commune, il serait peut-être utile d’associer le plus grand nombre pour limiter les dégâts. Mais l’information circula mal, et le secret favorise toutes les suspicions, voire les conflits.

Comprendriez-vous facilement qu’on vous apprenne, un lundi, que l’entreprise où vous travaillez depuis dix ou vingt ans a déposé son bilan ? Et de recevoir deux semaines plus tard, votre lettre de licenciement, dans toute sa sécheresse et sans autre explication ? C’est ce qui est arrivé à la briqueterie : 24 licenciements et 7 pré-retraites sur 73 salariés, tandis que 5 autres avaient été licenciés. précédemment. A partir de là, on comprend l’état d’esprit de la trentaine de salariés venus s’informer lundi soir, en mairie, parmi lesquels une dizaine de non-licenciés.

Venus s’informer ? Oui, mais des derniers évènements seulement, c’est-à-dire des conclusions d’une réunion qui, l’après-midi même à la préfecture, avait rassemblé autour du secrétaire général le directeur du Travail, le maire, les représentants du personnel et ceux de la CFDT, sans la direction ni le syndic. Il en ressortait que « les pouvoirs publics », comme on dit, vont tenter de persuader direction et syndic de diminuer le nombre des licenciements. C’est un résultat que les salariés ne négligent pas. Ils se montrent en effet convaincus que la solution la moins douloureuse n’a pas été recherchée.

La direction affirme-t-elle que le travail en équipes empêche toute réduction du temps de travail ? “C’est faux, ce n’est qu’une question d’organisation” disent au contraire les intéressés. Quatre ou cinq salariés de plus de 55 ans ne sont pas sur la “liste” parce que selon l’employeur leur qualification est indispensable à la bonne marche de l’entreprise : “s’ils partaient en pré-retraite, on sauverait cinq emplois pour des jeunes qu’il ne serait pas difficile de former à ces postes” entend- t-on en assemblée générale. Et aussi : « pourquoi untel est-il sur la liste, avec un seul salaire au foyer et quatre enfants à charge, et pas tel autre dont la femme travaille et qui n’a qu’un enfant ?”. Ils réclament qu’il soit tenu compte de la situation individuelle et se plaignent de n’être pas entendus là non plus : “deux fois, nous avons demandé la révision de la liste en comité d’entreprise. En levant la séance pour toute réponse, le syndic a reconnu n’avoir fait que la recopier”.

Ce qu’il y a “derrière”

Au fil de la réunion. on s’aperçoit que des salariés craignent en allant trop loin de provoquer la fermeture de l’entreprise, et se contenteraient du “repêchage” de quelques cas. Mais les plus nombreux n’admettent pas la manière dont ils sont traités, ils n’acceptent pas comme une fatalité la simple annonce de 36 suppressions d’emplois, ils veulent comprendre pourquoi, vérifier que c’est indispensable, connaître les projets et en fonction de cela chercher avec les dirigeants la solution la meilleure : “tant qu’on ne sait pas ce qu’il y a derrière, on ne peut pas admettre les licenciements”.

Et on peut tout imaginer : “Y a-t-il ou non 5 millions de dettes ? Qu’est-ce qui prouve que l’une des deux unités sera maintenue ? On m’a dit qu’il y avait douze autres licenciements de prêts. Il paraît que la direction cherche un repreneur, en tout cas il y a des visites… ”.

Ils expriment ainsi pêle-mêle qu’ils veulent connaître la situation financière exacte et les perspectives économiques qui demeurent.

Leur point de vue a prévalu et, à l’unanimité, il fut demandé ces éléments au syndic, faute de quoi l’action prendrait une autre tournure. La CFDT ne réclame pas autre chose que la négociation d’un plan économique et social “cartes sur table”.

 

 

le 25/01/2024 à 17:05

Source : La Nouvelle République du Centre Ouest

bâtiment, briqueterie, licenciement

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