0125601/05/1922POITIERS
Nous pensions que la personnalité du citoyen Longuet attirerait à la salle des fêtes un public énorme, d’autant que les poitevins, depuis quelques mois, reprennent goût aux conférences. Nous nous étions trompés ; le petit-fils de Karl Marx avait, hier soir, pas plus de 200 auditeurs.
Après quelques mots du citoyen Audinet, secrétaire de la Bourse du Travail, président de la séance, la parole fut donnée à M. Bayot, agent des P.T.T., délégué de la C.G.T., qui en brossa à grands traits l’œuvre passée et les aspirations.
Il engagea les ouvriers poitevins à rester unis pour la défense des conquêtes démocratiques de la République, en particulier de la loi des 8 heures, et pour essayer d’obtenir du Parlement, outre le vote rapide du projet d’assistance, une fiscalité qui, demandant plus aux impôts directs et moins aux impôts de consommations, frappe moins lourdement la classe ouvrière.
Les premiers mots du citoyen Longuet furent coupés par les vociférations de quelques camelots du roi qui se turent bien vite devant l’attitude hostile de la salle où ne se trouvaient point que des socialistes et qui prirent finalement le parti d’une fuite sans courage.
Dans un calme devenu complet, coupé deux ou trois fois par les approbations ostentatoires du citoyen Barré, M. Longuet apporte une critique abondante et virulente de la politique générale du Bloc national : « politique féroce et monstrueuse à l’égard de la classe ouvrière » qui amnistie un Charrier et refuse le pardon aux marins de la mer Noire ; qui accable le prolétariat français sous le poids des impôts qu’on n’a pas voulu demander aux enrichis de la guerre ; « politique dangereuse aussi qui, parce qu’elle est fondée sur la violence, prépare à l’Europe et surtout à la France, de nouvelles hécatombes, de nouvelles ruines ».
Après avoir tonitrué ces critiques – le citoyen Longuet à un organe d’une puissance peu commune - l’orateur expose rapidement l’opinion socialiste sur la reconstruction de l’Europe ; elle est basée sur la collaboration des vainqueurs et des vaincus et demande aux pays à change élevé les capitaux, aux peuples à change déprécié la main-d’œuvre et les produits manufacturés. Cette méthode peut seule, pense le citoyen Longuet, rétablir l’équilibre du monde compromis par la plus désastreuse des guerres.
Personne ne demandant la parole – pas même M. Barré – la séance est levée après le vote d’un ordre du jour qui résume les opinions développées par les orateurs. Les communistes votèrent ostensiblement contre cette motion qui impliquait la confiance dans la C.G.T. de Jouhaux.
le 20/05/2020 à 18:34
Source : L'Avenir de la Vienne
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