1481014/04/1992MONTMORILLON
Dans le Sud-Vienne, on parle de Luchapt et de Paizay-le-Sec comme prochaines victimes. Plus généralement, les receveurs s’inquiètent de leur avenir en zone rurale.
L’affaire va sans doute faire du bruit, demain mercredi, au niveau national : les syndicats CGT, FO, CGC, mais aussi l’Amicale des receveurs de la Poste et l'Amicale des chefs d’établissements, vont unir leurs inquiétudes et leur colère pour se rassembler devant le siège parisien de l’entreprise autonome de droit public, la Poste.
Une grogne dont les maires ruraux ont déjà eu vent, puisque la plupart d'entre eux ont été destinataires d’une lettre émanant de leurs receveurs. Au milieu des réformes et autres refontes qui continuent de transformer le visage des « PTT » d’antan, ces receveurs mettent l’accent sur l’avenir de leur mission en zone rurale : « Déjà, la Poste se retire de nombreuses communes qu’elle estime non rentable. Les élus n’ont d’autres choix que d’ouvrir une agence postale, dont les frais de fonctionnement et le salaire du gérant sont à la charge de la municipalité. En fait, l’usager paie deux fois la prestation demandée. Une première avec les timbres et les taxes diverses, une seconde avec les impôts locaux. ». Un argument qui ne laisse sans doute aucun maire insensible ; puis vient, dans cette même lettre, le spectre de l’abandon pur et simple : « Chaque direction départementale est en train d’élaborer un “schéma de présence postale”. L’objectif est clair : rentabiliser au maximum les services postaux. L’intérêt des usagers devient très secondaire (...). La direction de la Poste envisage, aussi, de réduire les heures d’ouverture au public et de supprimer le grade de receveur, en niant la spécificité de son métier et de ses fonctions ». On en appelle, enfin, au soutien des élus, « pour le maintien du bureau dans la commune à la charge de la collectivité nationale et pour des heures d’ouverture correspondant aux besoins ».
Service public rentabilité : un dilemme ?
Au-delà d’une revendication purement catégorielle, les receveurs, notamment les ruraux, veulent se faire l’écho d’un vrai malaise des campagnes. C’est que, dans les petites localités, le « Monsieur de la poste » est souvent le dernier lien entre une population isolée et une administration qui siège loin d’elle. Pas seulement un marchand de timbres, le receveur occupe un rang essentiel dans la vie du village, conseiller financier, confident, parfois même “assistant social”... Il compte rarement son énergie ou ses heures au service de sa cité. Si ce n’est pas un sacerdoce, c’est au moins une mission de confiance pour laquelle les intéressés attendent le maintien d’une certaine reconnaissance. Légitime préoccupation.
Tout aussi légitime, le souci de la direction départementale de la Poste de « poursuivre sa mission de service public, tout en assurant l’équilibre de son compte d’exploitation ».
Telle était la formule employée par le directeur départemental, Jacques Le Lohe, en réponse, justement, à l’inquiétude des élus ruraux manifestée voici tout juste un an, à l’occasion du premier conseil postal local à Montmorillon. Car, pour rectifier une idée souvent reçue, les agents des services postaux ne vivent pas de nos impôts, mais des recettes tirées de leurs activités.
Donnons acte, aussi, aux dirigeants de la Poste de leurs initiatives heureuses : l’ouverture d’un bureau annexe à Montmorillon, ou encore l’intensification de la concertation avec les usagers et leurs représentants.
Concernant, enfin, l’avenir des bureaux de Paizay et de Luchapt, dont les syndicats estiment qu’ils « tomberont prochainement », la direction départementale apporte une nuance importante : « Il ne s’agit pas d’abandon, mais de transformations à l’étude. Le courrier pourrait, ainsi, être traité depuis Chauvigny pour Paizay et depuis Adriers pour Luchapt ». Dont acte. Même si cela ne clarifie pas le problème, qui est bien l’avenir de la présence postale en zone rurale. Zone « peu rentable » certes, mais où les usagers, qui sont en droit d’attendre un service public, existent encore, jusqu’à preuve du contraire.
N’accusons pas la Poste, plus victime que coupable de la déprise humaine. Regrettons, simplement, comme le font les receveurs, à juste titre, cette menace qui pèse sur la qualité de la vie rurale. Une menace de plus, hélas.
Éric Richard
(Précisions dans la NR du 15-04)
le 17/11/2024 à 09:16
Source : La Nouvelle République du Centre Ouest
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