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1509830/04/1993CHATELLERAULT

DEMAIN ON FAIT GRÈVE !

Fils de « manuchard », « manuchard » lui-même, Robert Larcher se souvient des veilles de 1er Mai d’antan où son père lui disait : « Demain, on fait grève ! ». Car en souvenir des morts de Chicago, en 1886, qui étaient à l’origine de cette célébration internationale et de ceux de Fourmies dans le Nord cinq années plus tard, les 1er mai étaient alors de véritables journées d’action non payées.

Robert Larcher a particulièrement en mémoire le grand rassemblement de 1936, place Ferdinand-Buisson à Châtellerault. C’était l’euphorie. Le Front populaire arrivait aux portes du pouvoir, porté par une déferlante syndicale ourlée de drapeaux rouges. Les travailleurs châtelleraudais coiffés de la casquette bleue à visière chantaient à tue-tête « L’Internationale ». « Les mots d’ordre étaient “Unité”, “Paix”, “Liberté”, se souvient notre « manuchard » et aussi « “Lutte contre le fascisme !”, car le péril hitlérien montait de l’autre côté du Rhin ». Quelques mois plus tard, les ouvriers voyaient aboutir plusieurs de leurs revendications c’est-à dire la semaine de quarante heures, les congés payés, l’élection des délégués dans les ateliers… En 1937, tout ébloui par cette épopée sociale, Robert franchissait à son tour le seuil de la « Manu » à 14 ans pour commencer son apprentissage de forgeron.

L’embellie fut, hélas, de courte durée. La guerre éclatait et un décret de Pétain en 1941 transformait la journée de revendication en fête du Travail, légale et chômée. Plus de meeting plus de chants révolutionnaires, plus de drapeaux rouges… « Les gars allaient quand même par ateliers, manger le fromage blanc - de chèvre - et boire leur petit pot de vin blanc.

Puis ce fut, de nouveau, l’explosion de joie de la Libération.

On reprit la tradition du meeting sur la place Ferdinand-Buisson et du défilé jusqu’au jardin public, au pied du monument de la Révolution. Les syndicalistes se retrouvaient au coude à coude mais pour peu de temps puisque, dès 1947, FO quittait la CGT, bientôt imitée par la FEN. « Chacun continue d’aller de son côté », observe, nostalgique Robert Larcher en précisant toutefois que, cette année, la CGT propose aux autres syndicats un 1er mai unitaire. Devant l’aggravation du chômage, le tassement des salaires les atteintes au droit syndical, la lutte des classes continue de s’imposer et le seul moyen de s'en sortir, pour les travailleurs, c’est l’unité ».

Photo : Robert Larcher nostalgique des 1er mai unitaires

 

 

le 18/01/2025 à 17:27

Source : La Nouvelle République du Centre Ouest

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