1520525/09/1993ITEUIL
Les employés de la cartonnerie ont débrayé pendant la réunion du comité d'établissement. Un expert-comptable sera nommé
« On perd tout. J’ai ma maison ici. Ma femme travaille. Pas question de partir ! ». Blues, hier, devant la cartonnerie Otor centre et ouest, à Iteuil. Les salariés grelottaient dans leur combinaison de travail rouge, devant les grilles de leur entreprise, qui fermera – peut-être - ses portes fin novembre.
Ils avaient été appelés à débrayer pendant la tenue de la réunion exceptionnelle du comité central d’établissement. A l’ordre du jour : la présentation par la direction des raisons techniques, économiques et financières de la fermeture totale de la cartonnerie, avec son cortège de licenciements, mutations, reclassements…
Discussions devant la banderole CGT avec des militants des entreprises de Cognac, Angoulême, venus les soutenir et les encourager à se mobiliser. Car les ouvriers semblaient plutôt abattus, encore sous le choc d’une nouvelle remontant au 17 septembre, chamboulant leur vie.
Sur les cent soixante-six employés, trente-quatre seraient mutés et reclassés sans modification de leurs contrats de travail, vingt licenciés dans le cadre d’une convention FNE pré-retraite, cent trois autres licenciés sauf s’ils acceptent de partir dans l’une des sociétés du groupe, dans l’Isère, la Somme, en Normandie ou en Charente.
Partir pour conserver son emploi. Un jeune conducteur de 24 ans a bien conscience qu’il n’a en fait pas le choix. « Je ne peux pas me permettre de rester au chômage. Je ne trouverai pas de travail dans le département. S’il faut partir, je partirai même si ça ne m’intéresse pas trop car ma femme a un emploi. Nous serons séparés ». Son collègue, âgé de 43 ans, évoque la maison à payer, le sort de ses trois enfants, la perte de salaire de son épouse. En conséquence, il redoute de gros soucis financiers s’il accepte la proposition. Mais leur manque d’enthousiasme réside surtout dans la crainte de se retrouver au chômage, après avoir tout abandonné. Inutilement.
En fin de soirée, les syndicats FO et CGT faisaient le point sur la réunion du matin. La brutalité de l’annonce de la suppression du site par la direction, ses conséquences pour les familles et la commune, y ont été dénoncées. FO se réunira ce week-end pour se déterminer « sur les suites à donner ». Elle rencontrera en outre des élus et organismes sociaux. Mais la principale nouvelle réside dans l’annonce par la CGT de la nomination d’un expert-comptable chargé d’examiner les finances de l’entreprise. « Nous avons décidé de refuser cette fermeture tant que certains points n’auront pas été éclaircis. La procédure sera donc bloquée pendant vingt et un jours ». A la suite des conclusions de l’expertise, le syndicat fera des propositions, l’objectif étant « de sauver le site d’Iteuil et les emplois dans le département ». Mais, concluaient les militants, « si vous voulez qu’on sauve cette usine, il faut nous aider. On a besoin de vous tous ! ».
M.-C. Bernard
le 01/02/2025 à 10:49
Source : La Nouvelle République du Centre Ouest
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