1534017/02/1994CIVAUX
Les employés du génie civil se sont mis en grève hier matin, sur le chantier de la centrale nucléaire. Et ont interdit l’entrée du site…
Tout est parti d’une chute de neige, celle de lundi matin, qui recouvrit une bonne partie de la Vienne : la direction du GIEC (Groupement d’intérêts économiques de Civaux) a décidé d’accorder ce qu’on appelle « les intempéries » à une bonne partie du personnel, mais en en excluant une trentaine de salariés, qui, pourtant, avaient subi le climat comme les autres, sur la route en particulier. Discussions et, lundi à 13 h, refus définitif de la direction de payer cette matinée perdue. Avec, dans la foulée, le débrayage d’une bonne partie des employés du GIEC, tous appelés à travailler en extérieur...
Des accrocs verbaux, qualifiés de « violents » par les syndiqués de la CGT opposaient, ensuite, un conducteur de travaux et des ouvriers : « Ce fut la goutte d’eau qui a tout fait déborder », expliquaient, hier à l’aube, les employés qui venaient de se mettre en grève, barrant de barbelés l’entrée du chantier : « Notre ras-le-bol est général… Alors que le génie civil licencie - et souvent de manière abusive - on doit faire 41 heures par semaine ! Au même moment, M. Chamard, député RPR de la Vienne, propose au Parlement la semaine de 35 heures ! C’est difficile à avaler… Si encore on travaillait dans de bonnes conditions !
“Une centrale au rabais”
Mais la centrale de Civaux, pour les employés successifs, a toujours été une centrale au rabais : « Nous n’avons jamais pu obtenir les salaires accordés auparavant sur les chantiers des autres centrales nucléaires françaises…
Une centaine de salariés du GIEC a donc bloqué, hier, l’entrée de la centrale, brûlant des pneus en attendant que le directeur du Groupement leur accorde une entrevue : « Nous voulons une vraie table ronde, avec l’inspecteur du travail, avec le directeur de l’aménagement EDF de Civaux, M. Joël Mazet, avec deux observateurs à designer avec la CGT, la CFDT et FO, le sous-préfet coordonnateur du chantier s’il le souhaite, et, bien sûr, avec le directeur du GIEC, M. Elkoubi », exigeaient les grévistes, qui bloquaient à l’extérieur plusieurs centaines de salariés, généralement résignés.
Dans le courant de l’après-midi d’hier, la direction du GIEC donnait son accord à la tenue d’une table ronde. Mais elle ne parvenait pas à adopter une formule convenant à toutes les parties. On butait sur des questions de protocole, comme le nombre de personnes devant participer à ces discussions. Le mouvement de grève se poursuivait donc, mais avec bon espoir, côté syndicats, d’aboutir dans le courant de la nuit.
L’avenir des “locaux”
Le chantier nucléaire de Civaux fait travailler, actuellement, environ 1.100 personnes. Mais la proportion de travailleurs du génie civil, pour la plupart des « locaux », ne cesse de diminuer : le gros œuvre de la première tranche est, en effet, réalisé à 100 %, et celui de la deuxième à 80 %.
Place est laissée à l’électro-mécanique pour une mise en service de la première tranche en 1997. Et c’est là que rien ne va plus : la CGT reproche aux responsables du chantier de n’avoir pas prévu les reconversions indispensables, malgré les mises en garde des syndicats et les promesses des politiques : « Jadis, il n’était pas nécessaire de reconvertir : on passait d’un chantier à un autre. Mais, avec Civaux, rien de tel ! Le programme nucléaire s’arrête ! On aurait parfaitement pu reconvertir des personnes au sein même de la centrale, afin qu’elles aient leur place parmi les 500 à 600 salariés appelés à la faire tourner », estiment les syndicats.
Dans le sud de la Vienne, diversifié, à l’agriculture en deuil, l’aventure Civaux a, pour les gens du coin qui ont œuvré au bétonnage du site, un goût d’amertume.
Jean-Luc Reymond
Photos : CGT en tête, les « maçons » de Civaux ont exprimé leur ras-le-bol – Le chantier de Civaux : un goût d’amertume pour les gens du pays
le 22/02/2025 à 11:15
Source : La Nouvelle République du Centre Ouest
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