1543219/05/1994SAINT-BENOIT
La CGT est inquiète pour l’avenir de l’usine de Saint-Benoît. Le P-DG explique sa stratégie
« Le 1er juin, M. Le Nigen pourrait posséder deux usines fabriquant presque les mêmes produits. Ne risque-t-il pas de ne garder que la plus moderne ? ». Question posée par la CGT après l’annonce de l’éventuelle reprise de l’usine Reckitt et Colman de Saint-Florent, dans le Cher, par le P-DG d’Euro-Production, Saint-Benoît.
Reckitt et Colman a décidé de fermer son usine berrichonne avant la fin de l’année. Norbert le Nigen se propose de reprendre l’entreprise et son personnel, comme il l’a fait en 1986 pour Euro-Production, à Saint-Benoît. La cession pourrait intervenir dès le 1er juin.
Prélude à un regroupement d’activités ? La CGT le redoute. Ses militants poitevins ont rencontré lundi leurs homologues berrichons et leur ont fait part de leurs réserves sur la politique du groupe de Norbert Le Nigen et ses conséquences pour ses salariés de Saint-Benoît.
Chute du chiffre d’affaire de 237,5 à 187 millions de francs entre 1986 et 1993, suppression du tiers des effectifs de l’usine…, le bilan est très nettement négatif selon le syndicat. S’appuyant sur un rapport d’expertise comptable demandé par le comité d’entreprise, il dénonce les pratiques internes au groupe : « La maison mère (Euro-Absorbant), représente les deux tiers des créances commerciales de l’usine de Saint-Benoît (Euro-Production) alors que ses commandes sont inférieures à la moitié du total. Le délai de règlement au sein du groupe est de six mois, ce qui est contraire aux récentes recommandations gouvernementales. Euro-Production prête de l’argent à Euro-Absorbant (17 millions de francs en 1993) alors que ce devrait être l’inverse afin de moderniser la production et mettre au point de nouveaux produis. L’usine de Saint-Benoît, ainsi pressée comme un citron, s’endette vis-à-vis des fournisseurs, des banques et du fisc ».
Premier sous-traitant face aux multinationales
« Combat stérile », réplique Norbert le Nigen, au siège parisien du groupe Euro-Absorbant. Après avoir rencontré les employés de l’usine de Saint-Florent-sur-Cher, il annonce sa prochaine venue sur le site de Saint-Benoît, « pour rencontrer le personnel »… Et dissiper les craintes, à l'heure où l’usine achève sa mue.
Finie l’époque où le groupe Reckitt et Colman était son unique client. Tout en restant positionnée sur les produits d’entretien et les produits phytosanitaires, Euro-Production travaille désormais pour les marques du groupe Euro-Absorbant et pour celles des Carrefour, Leclerc, Casino et autres grands de la distribution. « Nous avons investi 4,5 millions de francs, en 1993. Euro-Production est en train de se mettre en phase avec son marché », assure Norbert le Nigen qui table sur un chiffre d’affaires situé entre 160 et 190 millions de francs en 1994 et prévoit de maintenir entre cent quatre-vingt-dix et deux cents emplois à Saint-Benoît, compte tenu des « départs naturels » qui doivent intervenir au cours des prochains mois.
En reprenant l’usine Reckitt et Colman de Saint-Florent, le groupe se positionne comme « premier sous-traitant français en face des multinationales », explique son P-DG. Il mise sur les structures de l’usine berrichonne pour prospecter d’autres marchés, notamment celui des produits cosmétiques et pharmaceutiques.
Décision stratégique : « Si on veut résister, il faut qu’on passe à une taille un peu plus importante ».
Alain Defaye
le 03/03/2025 à 17:09
Source : La Nouvelle République du Centre Ouest
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