1551928/09/1994POITIERS
Plus d’un millier de manifestants pour protester, hier à Poitiers, contre la réorganisation de la carte sanitaire en Poitou-Charentes.
Ils étaient grosso modo à un contre dix : une bonne centaine de CRS contre plus d’un millier de manifestants. Mais les bousculades un peu bourrues, hier après-midi aux portes poitevines de la Direction régionale des affaires sanitaires et sociales (DRASS), ne sont jamais allées jusqu’aux urgences. D’abord parce qu’il n’était pas question d’en découdre physiquement sur un problème aussi crucial que la défense des services de santé ; ensuite parce ce que certaines urgences risquent de prendre un fâcheux coup de bistouri dans le schéma régional de réorganisation du système hospitalier soumis pour avis, hier après-midi, à un comité. A charge pour le préfet de Région d’y apposer prochainement sa signature.
Or, c’est bien la teneur des propositions formulées dans ce document qui justifie la colère des personnels hospitaliers, syndicats, élus et représentants d’usagers. Trois grandes priorités sous-tendent la rédaction de ce schéma : la qualité des soins, la sécurité des usagers et la logique des coûts pour une santé qui n’a pas.… de prix.
Voilà bien où le bât blesse. Car au nom de ces critères, 320 à 640 lits d’hospitalisation, sur la capacité de 6.700 lits recensés en Poitou-Charentes, risquent d'être gommés à court ou moyen terme, soit 5 à 10 % du potentiel concerné. Pire, l’amputation risque d’affecter de plein fouet les hôpitaux de proximité. Plusieurs d’entre eux voient remis en cause l’existant. Le schéma propose la possibilité de fermeture, au terme d’une évaluation sur deux ans, de cinq services de chirurgie et de sept services de maternité en Poitou-Charentes. Cela fait nécessairement mal à une région déjà malmenée par la désertification gangrène.
Dans la Vienne, Loudun et Montmorillon ont mal à leur avenir. En Deux-Sèvres, Thouars, Parthenay et Bressuire sont en état de choc. C’est d'ailleurs ce département des Deux-Sèvres qui s’est mobilisé le plus farouchement, hier, élus de la Gâtine en tête, ceints de leurs écharpes tricolores.
“Halte au règne de l’argent roi !”
L’indignation touche à son comble. « Assez ! hurle la CGT. L’intérêt des usagers est relégué derrière le règne de l’argent roi. On n’entend plus parler que de rentabilité et de compétitivité. Cette politique est dangereuse. Voyez l’affaire du sang contaminé ». Jean-Michel Morisset, député des Deux-Sèvres, n’avait jamais manifesté depuis Mai 68. Cette nouvelle cause le fait redescendre dans la rue. Comme son collègue Michel Hervé, de Parthenay, révulsé par cette entorse à un juste aménagement du territoire. Et qu’en sera-t-il du principe sacré de « l’égalité devant les soins » lorsqu’il faudra faire 50 à 100 km pour être hospitalisé, lorsqu’on sait que chaque minute compte dans certains cas d’urgence. Car beaucoup ont peur de voir concentrer les moyens dans les grands centres urbains, au détriment des petits hôpitaux ruraux. « C'est un schéma à hauts risques », redoute un administrateur. « Le CHU n’a pas la capacité suffisante pour accueillir des milliers de malades supplémentaires ».
La campagne redoute l’ère d’une nouvelle génération, celle des « jachères hospitalières ».
Alain Blanchard
Photo : Manifestants et forces de l'ordre face à face pour une bonne santé
le 16/03/2025 à 11:19
Source : La Nouvelle République du Centre Ouest
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