1556404/11/1994VIENNE
Treize sociétés coopératives de production fonctionnent dans la Vienne. Au total 156 salariés pour 66 millions de francs de chiffres d’affaires. Et par dessus tout, un certain esprit.
Un homme égal une voix et le patron est élu. Au nom de ce sacro-saint principe, elles sont treize sociétés coopératives ouvrières de production, des SCOP, dans la Vienne.
Des entreprises confrontées aux mêmes problèmes économiques que toutes les autres, avec la crise omniprésente, mais qui affichent encore une âme différente. Où les patrons ne veulent surtout pas l’être de droit divin et où les employés sont ses associés ; ou l’égalité dans le travail et la participation aux bénéfices rappelle l’esprit des révolutions ouvrières du siècle dernier, lorsque les premières coopératives s’appelaient L'Union, La Fraternelle, Les Travailleurs unis, L’Humanité ou L’Espérance.
A l’heure actuelle, de nouvelles SCOP voient le jour et sont souvent le fait de gens qui démissionnent de leur emploi pour créer leur propre entreprise. « Un phénomène de plus en plus courant », souligne Régis Tillay, directeur de l’Union régionale des SCOP. « Ce sont généralement des SARL de petite taille et pour les deux tiers, elles voient le jour par des salariés qui en ont assez d’être dans une grosse entreprise ».
Car les SCOP ont leur union Poitou-Charentes qui apporte aides et formations à ceux qui se lancent. En bref, une coopérative ouvrière n’est jamais seule et les autres gérants ou P-DG - qui se connaissent tous et entretiennent cet esprit de solidarité - apportent eux aussi leurs conseils.
A la SCOFAB à Poitiers, vingt-cinq emplois dans la menuiserie, née sur les cendres du Progrès, Jean-Michel Perrin n’aime pas trop l’appellation patron. « Vous comprenez, je n’ai pas de patrimoine à transmettre : je recherche simplement un successeur. Mon souci aujourd’hui, c’est l’outil à transmettre car, dans une SCOP, on travaille toujours et seulement pour l’entreprise ».
L’Union depuis 1902
Et J-M Perrin sait de quoi il parle puisque, lorsque tombe Le Progrès en 1977, en laissant soixante bonshommes sur le carreau, il est l’un de ceux qui redémarrent aussitôt. Le plus compétent pour diriger ? Éclat de rire : « J’étais peut-être le moins mauvais, mais compte tenu de toutes les erreurs qu'on venait de voir, on savait ce qu’il ne fallait surtout pas faire ! ».
Un peu la même histoire chez Uniscop, la plus grosse coopérative ouvrière de la Vienne cinquante emplois qui s’est taillée une réputation hors pair dans la réhabilitation de monuments historiques avec, depuis deux ans, une carte de visite prestigieuse, Notre-Dame-la-Grande. Là aussi, Uniscop est née en 1983 sur les décombres de La Fraternelle. « Elle existait depuis 1894 et à la belle époque avait employé jusqu’à quatre cents personnes ! Elle avait construit entre autres, Bellejouanne, une bonne partie des Couronneries, etc ».
Aujourd’hui, Uniscop fait un tiers dans le monument historique (en ce moment l’église de Vendeuvre, le site de Sanxay), un tiers dans le neuf et un tiers dans la réhabilitation d’ancien. Et comme à la Scofab, chaque employé qui entre dans l’entreprise a un an de réflexion avant de devenir associé. « Ensuite, explique Dominique Finet, on a le choix entre laisser 5 % de son salaire mensuel pendant cinq ans ou reverser le montant de sa participation ».
Et toujours ce souci de transparence : « On est habitués à rendre des comptes, à tout mettre sur la table dans l’entreprise. Par ailleurs, on se connait tous et il existe une solidarité à l’intérieur de la maison et entre les coopératives ».
Dans la Vienne, la plus vieille SCOP est à Poitiers et emploie cinq personnes. L’Union, une imprimerie de labeur, a ouvert en 1902. Marc Toulat, le gérant, y est entré (le dernier) comme comptable en 1980. Patron ? « Pas du tout, quand il y a un problème, on en discute ensemble, mais nous ne sommes pas beaucoup ».
« Jean-Michel Perrin, à la Scofab, avoue de son côté : « Le P-DG est élu, mais il faut qu'il soit préparé et solide. On essaie toujours de prendre à l’intérieur de l’entreprise. On préfère cela, avec une formation adaptée, plutôt que d’embaucher un responsable à l’extérieur ».
Laurent Bertagnolio
Union régionale des SCOP, 21 bis, rue L.-Bonnevay, 79000 Niort, tél. 49.73.37.79.
Photo : Dans les locaux de l’imprimerie L’Union, la plus vieille SCOP de la Vienne, fondée en 1902. En règle générale, la plupart sont dans le bâtiment mais on trouve aussi des entreprises de confection comme STARMIL à Châtellerault ou l’auto-école ECF.
le 23/03/2025 à 16:12
Source : La Nouvelle République du Centre Ouest
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