1557409/11/1994CHATELLERAULT
Avec une opération « escargot » menée hier matin dans les rues de la ville, les grévistes continuent leur campagne d’explication auprès du grand public
« Nous ne faisons pas ce genre de démarche pour rigoler, de même que le mouvement de grève n’est pas une partie de plaisir. « Réflexion recueillie hier matin dans les rues de Châtellerault, de la part d’un manifestant à l’occasion d’une opération « escargot ». Celle-ci faisait suite à l’action au péage de l’autoroute engagée la veille.
Depuis hier, le conflit à la SOCHATA est entré dans sa quatrième semaine et ceux qui ont cessé le travail pour faire aboutir ce qu’ils considèrent comme étant de justes revendications, ne baissent pas les bras, bien au contraire. Les médias nationaux (radio et télé) ont « débarqué » mardi à Châtellerault apportant une bouffée d’oxygène à une grève dont on ne voit pas la fin.
En bout de parcours à travers la cité, les grévistes ont rendu visite au sous-préfet. Comme à l’habitude, le cortège donnait dans le démonstratif, pétards, trompette et clairon rythmant le cheminement. A midi, M. Andrieu a reçu une délégation des salariés en grève. Un échange « sur le fond » pour constater le blocage de la situation, le représentant de l’État faisant remarquer « l’indépendance de gestion du P-DG du groupe et son entière responsabilité en ce qui concerne le fonctionnement de l’entreprise ».
Faudra-t-il un médiateur ?
Toutes ces constatations ne font pas avancer d’un millimètre le problème et force est de constater que le fossé se creuse d’heure en heure. Exemple de cette rupture en profondeur, la direction a publié un communiqué dans lequel elle estime à « 2,3 % l’augmentation en masse consentie en 1994 ». Réponse immédiate du personnel en général et de la CGT en particulier : « C’est faux, l’augmentation générale a été de 0,6 %. Par contre, nous constatons que nos salaires actuels sont inférieurs à ceux de 1990. C’est pour cela que nous demandons une augmentation mensuelle de 500 F et une prime de rattrapage de 5.000 F ».
S’oriente-t-on vers la nomination d’un médiateur ? Réponse de la CGT : « Nous ne sommes pas opposés à cette éventualité, mais seulement si elle va dans le sens de nos revendications. Nous n’accepterons pas de discuter avec une direction qui refuse toute avancée en ce qui concerne les salaires, qui s’entête et qui adopte une attitude dangereuse pour l’avenir de l’entreprise depuis le début de la grève ».
Aigri, un gréviste lance : « Nos patrons savent nous écrire pour nous féliciter à propos de notre savoir-faire, ça ne coûte pas cher ; par contre, ils savent nous intimider par écrit quand nous entamons une grève...
Réflexion qui s’impose dans ce dossier... Il est incontestable que les dirigeants de SNECMA ont donné comme consigne à ceux de la filiale SOCHATA, de ne pas céder dans le domaine des salaires. L’effectif total de la société nationalisée atteignant les douze mille personnes, si l’on donne à Châtellerault... il faudra donner ailleurs.
Les cadres : « Des avancées significatives »
Et les cadres dans tout cela ? Hier en leur nom, M. Moulin nous a envoyé un communiqué ; une intervention qui n’émane pas de la CGC mais des « cadres du centre de Châtellerault », la précision est utile. Ce communiqué précise notamment : « Après trois semaines de conflit, des avancées significatives ont été obtenues par les organisations syndicales, dans le domaine de l’emploi. En ce qui concerne les revendications salariales, les cadres ne peuvent pas cautionner la forme actuelle du conflit. La poursuite de celui-ci remet déjà en cause les activités nouvelles, difficilement obtenues et nécessaires à l’avenir de l'entreprise. Sur le plan économique, même si la situation financière du centre de Châtellerault peut paraître satisfaisante, SOCHATA est lourdement déficitaire depuis trois exercices. Seul l’appui financier de notre actionnaire principal, SNECMA, elle-même en difficulté, nous permet de continuer notre activité ».
Hier, devant la sous-préfecture, le clairon de la SOCHATA a plusieurs fois fait entendre la « Sonnerie aux Morts »... La musique a ses symboles.
Patrick Gonin
Photo : Après le péage de l’autoroute, lundi, c’est en centre-ville, hier, que les grévistes ont ont tenté de sensibiliser l’opinion, allant au son du clairon jusqu’à la sous-préfecture
le 23/03/2025 à 16:32
Source : La Nouvelle République du Centre Ouest
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