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1558219/11/1994CHATELLERAULT

SOCHATA : ILS TOMBENT LA TÊTE HAUTE

« Déçus mais pas abattus », les salariés de la SOCHATA reprendront le travail lundi matin. En demandant la nomination officielle d’un médiateur.

La SOCHATA aura donc vécu hier, sous la pluie et dans la grisaille, ses dernières heures de grève, un mois jour pour jour après le déclenchement d’un conflit qui, de toutes façons, fera date. Les deux jours de discussions à la sous-préfecture entre délégués du personnel et direction ont en effet asséné le coup de massue définitif aux grévistes. Comme nous l’annoncions dans notre édition d’hier, quelques concessions ont eu lieu en matière d'emploi : sept postes offerts au recrutement local, convention de préretraite mise en place le 1er janvier qui pourrait déboucher sur le recrutement de vingt-neuf personnes. En revanche, la direction n’a concédé qu’une toute petite avancée en matière de salaires : le début du rattrapage sur les salaires de l’unité de Saint-Quentin (écart estimé à 2,7 %) et ce pour 1995 et 1996. « Autant dire une bricole » pour les salariés dont les revendications salariales étaient de 500 francs par mois d’augmentation et une prime de rattrapage de pouvoir d’achat de 5.000 francs. Vendredi matin, lors de l’assemblée générale du personnel qui s’est tenue 8 h 30 dans la salle de réfectoire de l’entreprise, Jean-Claude Turquand se rendait à l’évidence, devant une assistance encore très nombreuse : « Après pratiquement cinq semaines de conflit, nous pouvons être dignes et regonflés. Mais il convient de se ressourcer, pour envisager d’autres formes d'action. Par exemple, obtenir la nomination officielle d’un médiateur, qui aura davantage de pouvoir d’investigation que le sous-préfet ».

Un conflit d’un nouveau genre

Quelques minutes plus tard, et après que les salariés aient lancé un poignant ban d’honneur aux délégués syndicaux, décision était prise de procéder à un vote pour la reprise du travail ce lundi matin. En début d’après-midi, le résultat ne faisait aucun doute : pour la reprise du travail, 275 ; contre, 65.

Après un dernier casse-croûte, les ex-grévistes se réunissaient de nouveau au réfectoire. Jean-Claude Turquand, Pierre Baraudon et l’ensemble des délégués constataient : « Nous reprendrons le travail lundi, mais il n’est pas question d’abandonner la lutte. Notre comité de soutien a reçu 12.000 francs, ce qui prouve que le Châtelleraudais a été sensible à notre action. D'ailleurs, dans toutes les grandes entreprises environnantes, MACC, Valéo, Gallus, Marelli, etc., on a distribué primes et augmentations ».

Puis Francis Martin, secrétaire départemental de la CGT et Jean-Pierre Jallais, secrétaire régional, mettaient un peu de baume au cœur des grévistes battus : « Votre lutte a été belle et solidaire, car elle consistait à faire que votre travail devienne celui de plus de monde. Lutter aussi pour le pouvoir d'achat et non plus uniquement pour préserver l’emploi est un combat d’un nouveau genre, dans lequel vous avez gardé la maîtrise de vous-mêmes. Vous avez trouvé les formes d’une action qui vous mènera à la victoire ». Applaudissements et étreintes ont succédé à ces propos de consolation. Et puis, lorsqu’un salarié a offert symboliquement à J.-C. Turquand un morceau de charbon des mines de Cévennes, quelques larmes se sont mêlées au ciel gris tombé hier sur la SOCHATA.

Lundi, commencera un après-conflit qui sera difficile à vivre.

Jean-Philippe Bois

 

 

le 23/03/2025 à 17:02

Source : La Nouvelle République du Centre Ouest

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