« Retour

1568803/02/1995POITIERS

LE MALAISE GAGNE DU TERRAIN

Le mouvement de grève déclenché mardi chez Schlumberger prend de l’ampleur. Ce nouvel épisode confirme le réel malaise social qui règne dans certaines entreprises de la Vienne

Schlumberger-Industrie est toujours paralysé. Parti mardi après-midi du site de Chasseneuil, le mouvement de grève s’est propagé depuis jusqu’à l’usine de Poitiers. Les revendications sont identiques : les grévistes réclament 1.000 F d’augmentation mensuelle pour tous ainsi que l’embauche des contractuels. Pour répondre au mutisme de la direction, des piquets de grève ont été installés devant l’entrée des deux unités de la société. A Poitiers, entre 120 et 150 grévistes se sont relayés toute la journée et pendant toute la nuit dernière pour interdire le passage aux camions de livraison. Leurs collègues de Chasseneuil (un groupe d'environ 70 personnes) ont d’abord trouvé porte close avant d’occuper les locaux jusque vers 10 h 30 bloquant à l’extérieur du site le directeur de la société ainsi qu’une centaine d’employés. Finalement, une réunion a pu avoir lieu entre délégués syndicaux et représentants de la direction. Cette dernière se dit prête à engager une réflexion en ce qui concerne l’embauche mais reste sur ses positions vis à vis des revendications salariales. Une petite avancée qui ne satisfait pas grand monde mais les négociations restent ouvertes. Si les grévistes emmenés par l’intersyndicale (CFTC, CGT et FO) semblent déterminés à poursuivre le mouvement, certains ne se font guère d’illusion quant à la question des augmentations. D’autre part, une partie des cadres a tenu à marquer son mécontentement face à l’attitude de la direction. La grève se poursuit aujourd’hui à Chasseneuil et Poitiers.

Salaires et embauches

 

Le cas de la société Schlumberger n’est pas unique et intervient dans un contexte particulièrement favorable au phénomène. Ce nouvel épisode vient s’ajouter à une série de conflits qui a démarré en septembre dernier et touché une bonne dizaine d’entreprises départementales dont une majorité implantée dans le bassin de Châtellerault. Des mouvements de nature différente qui reflètent à leur façon la situation économique et sociale du pays. Mis à part Euro-Production (Saint-Benoît) où les salariés contestent le plan social de la direction (98 emplois menacés) et Domine (Châtellerault) où un bras de fer oppose les patrons à un élu du personnel, la quasi-totalité des conflits a pour origine des revendications salariales et l’embauche de personnel supplémentaire. Ce fut le cas récemment pour Gorcy, Valéo, Sextant-Avionique mais également Magneti-Marelli, Fenwick et aujourd’hui Schlumberger. Sans oublier la société Sochata qui fut ébranlée un mois durant par un mouvement de grève.

Le fait est que la reprise est bien là, même si elle ne profite pas à tous les secteurs. Après trois années noires, le monde salarial retrouve peu à peu le moral, même si le spectre du chômage reste vivace, et désire à son tour bénéficier de ces bons résultats. Un terreau propice aux syndicats, relais privilégiés de ces revendications auprès des directions.

L’Union patronale de la Vienne préfère rester sur ses gardes et estime qu’il ne faut pas exagérer la portée d’un tel mouvement. « La reprise est fragile et ses effets sont très variables, explique Serge Tymowski, secrétaire général de l’UPV. Avant d’augmenter les salaires, il faut d'abord dégager des gains de productivité très importants. Je dis oui aux augmentations à condition qu’elles ne mettent pas en péril l’avenir des entreprises ». Un avis fortement contesté par le responsable de FO, Alain Barreau, qui estime que les entreprises ont les moyens de modifier leur politique salariale mais s’y refusent pour mieux maîtriser l’inflation afin d'aborder sereinement le cap 1997 et la mise en circulation de la monnaie unique. Au-delà de ces commentaires, le réveil social se confirme sur le terrain tandis que certains experts annoncent un automne 1995 pour le moins turbulent.

L Oger

Photo : De Schlumberger à Valéo en passant par la Sochata, le climat social se dégrade dans la Vienne

 

 

le 30/03/2025 à 12:52

Source : La Nouvelle République du Centre Ouest

compteurs, grève, occupation, négociation, reprise

« Retour

Espace Militants v0.3 - UD CGT 86 - http://cgt-ud86.org

Site UD 86 - Espace militants - Espace formation