1574717/03/1995CHATELLERAULT
Prêtre ouvrier, il s’occupe du pour sans domicile fixe et plaide lariés devant les tribunaux
Joseph Chotard est né, il y a 55 ans, dans un village de 400 habitants, non loin de Cholet, en Maine-et-Loire, en plein fief catholique. Neuf enfants dans la famille vivant sur une petite exploitation pratiquant la polyculture. Scolarité dans une école privée, puis petit et grand séminaire, avant l’ordination de prêtre, le 25 juin 1967, à Poitiers. Joseph Chotard devient « curé pas tout à fait comme les autres » : prêtre ouvrier. Confession de l’intéressé : « J’avais exigé un papier signé de l’évêque avant mon ordination, autorisant mon engagement dans cette voie » Pourquoi ce choix ? Joseph Chotard : « Je considère qu’un prêtre ne doit pas être exempt de la vie commune, ne doit pas rester en retrait ». Le monde du travail, c’est son monde ; avant d’entrer au service de l’Église, il avait été métallo à La Rochelle, puis salarié dans l’hôtellerie.
En septembre 1967, Joseph Chotard débarque à Châtellerault. Son premier emploi, il le trouve chez STAR comme chauffeur-livreur. Vingt ans de présence dans cette entreprise sans jamais, selon ses propres termes, « brandir le drapeau du curé » et, pourtant, de temps en temps, ses camarades de travail lui demandent de procéder à un mariage, un baptême ou un enterrement. Les choses de la vie. Deuxième casquette pour le prêtre ouvrier : délégué syndical CGT. Vous avez dit CGT ? Explication : « L’exploitation de l’homme par l’homme me fait bondir, me révolte. Nous sommes dans une société qui protège une minorité voulant s’accaparer le bénéfice du travail de la majorité. La CGT est le seul syndicat qui mène un combat efficace au niveau des idées et des faits ».
Si vous qualifiez Joseph Chotard de « prêtre rouge », il éclate de rire. « Je ne dévie pas de l’engagement pris au moment de mon ordination lorsque j’agis pour défendre les intérêts des plus défavorisés, de ceux qui subissent les volontés des adorateurs de l’argent-roi ». Depuis 1988, Joseph Chotard s’occupe du centre d’accueil des sans domicile fixe, structure sociale implantée 136, avenue Paul-Painlevé, née de la volonté de la municipalité. Entre 18 heures et 8 heures, avec un autre collaborateur, il permet à ceux que le système actuel abandonne sur le « bord de la route » de trouver un peu de chaleur humaine, de réconfort.
Autre mission pour le prêtre ouvrier, celle qui consiste, dans les rangs de la CGT, à conseiller juridiquement et défendre les travailleurs devant les tribunaux. Définition de la fonction par l’intéressé : « Je veille à la défense des droits matériels et moraux des salariés dans un contexte où ils sont souvent bafoués ». Sa première plaidoirie remonte à… 1968, « grand cru » pour les débats sociaux. Il s’agissait de traiter d’un dossier d’heures supplémentaires : premier procès, première victoire. Constatation de Joseph Chotard : « Il y a 25 ans, les conflits s’appliquaient le plus souvent au monde de l’artisanat, maintenant les grandes sociétés multiplient les incidents, Châtellerault constitue un bel exemple. La notion de profit, au détriment des travailleurs, est de plus en plus répandue ». Les relations avec les « porteurs de robe », les avocats ? Joseph Chotard : « Elles sont quasiment toujours courtoises, mais la bagarre est âpre. Chacun défend son bifteck, sans se faire de cadeau. Devant un conseil de prud’hommes ou la chambre sociale de la cour d’appel, il faut trouver la faille dans l’argumentation adverse, c’est la règle ! ».
Également vice-président de l’Association de gestion pour la formation professionnelle (AGEFOS) en Poitou-Charentes et Pays de Loire, administrateur de l’ADSEEAA (aide à l’enfance, aux adolescents et adultes en difficulté), Joseph Chotard trouve le temps de cultiver son jardin. Comme « Candide », il croit en la possibilité d’un monde meilleur. Ses amis l’appellent « »pied dans le sillon » : un compliment pour ce fils de paysan
Photo : Joseph Chotard : « Je ne brandis jamais le drapeau du curé, mais défendant les salariés, je ne dévie pas de l’engagement pris lors de mon ordination »
le 31/03/2025 à 14:57
Source : La Nouvelle République du Centre Ouest
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