0181713/01/1934CHATELLERAULT
Notre collaborateur châtelleraudais, M. Audinet, assume depuis sept mois les fonctions de président du comité des chômeurs de Châtellerault. Un journal local lui a demandé de bien vouloir faire un exposé de l’important problème du chômage afin que les châtelleraudais soient exactement fixés sur le rôle de tous ceux qui ont eu à intervenir dans ce domaine, sur les démarches faites et les solutions appliquées ainsi que sur la situation actuelle.
M. Audinet a tenu à réserver également cette étude à l’« Avenir de la Vienne et de l’ouest ».
Voici aujourd’hui la partie qui concerne le début de l’organisation et du mouvement des chômeurs.
Bien que pour la ville de Châtellerault dont la situation est pourtant privilégiée puisque la principale industrie, la Manufacture d’armes, ne donne lieu a aucune fluctuation de main d’œuvre, le problème du chômage a pris une importance considérable, inquiétante même, au cours des mois d’hiver qui viennent de s’écouler et ses éléments forment un ensemble d’une grande complexité.
Le début du mouvement des chômeurs.
Le point de départ du mouvement des chômeurs remonte au mois de juillet dernier.
Quelques sans travail avaient convoqué leurs camarades à une réunion devant être tenue à la Bourse du Travail et m’avaient prié d’y assister.
A cette époque le chômage se réduisait à une vingtaine d’ouvriers, la plupart journaliers ou manœuvres et l’objet principal de cette réunion était de régler les démarches à faire pour savoir si la fête de la mode, organisée au profit des chômeurs, avait laissé un bénéfice et, en cas de réponse affirmative, d’obtenir du comité d’organisation de cette fête, en l’occurrence le syndicat d’initiative, agissant en collaboration avec la Municipalité, qu’il soit procédé sans plus tarder à la répartition des sommes restant en excédent.
A cette réunion les chômeurs désignaient comme délégués leurs camarades Lachaud, Moine, Raimbault et Bureau et me demandaient d’accepter de prendre la présidence de la délégation et du comité formé.
J’ai toujours été un fervent partisan de la défense active des travailleurs manuels, surtout lorsqu’on se trouve en présence de d’ouvriers laborieux, calmes et cherchant à bien faire. J’estimais donc que ces chômeurs, victimes de la raréfaction des offres d’emploi et placés dans un état voisin de la misère, étaient particulièrement dignes de considération. Aussi les assurais-je de tout mon concours – ils ont pût constater par la suite que ce n’était pas une vaine promesse - tout en leur faisant ressortir que je ne me considérais pas comme étant le plus qualifié pour assurer les fonctions de président de leur comité.
Tous insistèrent à un tel point que je finis par m’incliner mais à une condition formelle toutefois, c’est que l’action serait menée en dehors de toute considération politique et à l’exclusion de toute animosité personnelle.
On verra par l’exposé qui va suivre que l’auteur de ces lignes ne cessa jamais de respecter cet engagement.
En prenant la direction de ce mouvement j’étais bien décidé, en effet, à collaborer avec tous les représentants des pouvoirs publics quels qu’ils fussent et avec toutes les associations pouvant être utiles pour appliquer des solutions de nature à remédier le mieux possible à la crise du chômage.
Je n’aurais donc pas hésité un seul instant à collaborer avec la Municipalité, avec le Maire et le premier adjoint, notamment, car j’estime que, lorsque dans une ville comme la nôtre, on se trouve en présence d’une crise aigüe comme celle qui a existé en décembre dernier surtout, tous les ressentiments doivent disparaître pour ne considérer que l’aide à apporter aux malheureux, privés temporairement de travail.
Il n’a pas dépendu de moi qu’il en fût ainsi et on trouvera plus loin la preuve de cette assertion.
Dès cette première prise de contact je déclarais aux chômeurs que je ne les soutiendrais dans la lutte à entreprendre qu’à une condition, c’est qu’ils réclament du travail et non cette sorte de secours qui consiste à aller toucher, chaque semaine, une somme d’argent à une caisse dite « fonds de chômage » et à attendre des jours meilleurs pour songer à travailler.
Tous furent de mon avis et nous terminâmes cette première réunion de laquelle je sortis, non sans surprise, président du comité des chômeurs par l’adoption, à l’unanimité, d’un ordre du jour aux termes duquel le bureau était chargé 1° de faire une démarche auprès du président du syndicat d’initiative pour lui demander de faire connaître le bénéfice laissé par la fête de la mode, fête rappelons-le, organisée au profit des chômeurs ; 2° de prier M. le sous-Préfet de demander aux maires de l’arrondissement de faire connaître les besoins en main d’œuvre de leurs administrés ; 3° d’inviter la municipalité à faire effectuer une nouvelle enquête afin de faire établir par le bureau municipal de placement, une liste des emplois disponibles et d’examiner avec elle la question des secours et des assurances sociales.
Enfin, avant de se séparer, les chômeurs avaient tenus à protester contre l’emploi de la main d’œuvre étrangère pour bien montrer leurs intentions, ils avaient spécifié à la fin de leur ordre du jour qu’ils ne se groupaient « que pour obtenir du travail afin de pouvoir vivre et élever leur famille ».
F. Audinet
(A suivre)
le 21/06/2020 à 17:20
Source : L'Avenir de la Vienne
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