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0181906/02/1934CHATELLERAULT

LE PROBLÈME DU CHÔMAGE

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Les premières démarches

Le bureau se mit aussitôt en action. Il se présenta tout d’abord au siège du syndicat d’initiative. Il y avait, à l’époque, une situation un peu spéciale à la tête de cette association. Lors de l’organisation de la fête de la mode le syndicat d’initiative avait encore comme président M. Arrégnon, mécontent de ne pas avoir été nommé adjoint, M. Arrégnon avait donné sa démission du conseil municipal et de président du syndicat d’initiative, puis avait quitté Châtellerault.

La nomination de son successeur, M. Grateau, avait eu lieu plusieurs semaines après la fête.

M. Day, vice-président du syndicat d’initiative, était dans l’ignorance la plus complète en ce qui concerne les comptes de la fête de la mode.

Ce fut, par la suite à M. Fillion, secrétaire du syndicat d’initiative, que s’adressèrent les délégués.

Avec regret M. Fillion leur fit connaître qu’il fallait renoncer à tout espoir de tirer le moindre bénéfice de cette fête.

M. Grateau donna d’ailleurs, peu après, des instructions pour que les comptes soient arrêtés dans le plus bref délai.

Par la suite nous n’entendîmes jamais plus parler du résultat financier de la fête de la mode et, du point de vue du chômage, nous en conclûmes qu’elle n’avait laissé aucun profit pécuniaire.

Nous avons vivement regretté que le syndicat d’initiative et la Municipalité n’aient pas préparé, sur d’autres bases, cette fête organisée au profit des chômeurs et n’aient pas fait appel à ceux-ci pour qu’ils apportent leur collaboration à la réussite morale et surtout financière.

L’attitude mesquine du premier adjoint

Après avoir eu un entretien avec M. Garaud, l’employé communal qui s’occupa par la suite consciencieusement de toutes les questions intéressant le chômage local, la délégation tînt à prendre contact avec la Municipalité en la personne du premier adjoint.

Fidèle à mon désir de collaboration j’exposais à M. Joubert, lequel depuis qu’il est passé de l’atelier de la forge de la Manufacture d’Armes au cabinet municipal est devenu un personnage plutôt autoritaire et prétentieux, comment se présentait le problème du chômage de Châtellerault.

Je note que je lui faisais, avec toute la correction et l’objectivité qu’il était possible d’apporter, ces déclarations non pas dans le cabinet municipal mais un peu avant l’entrée, M. Joubert s’étant placé en « cerbère » devant la porte.

Je dois indiquer, pour préciser les mobiles de l’attitude du premier adjoint que, quelques semaines plus tôt, j’avais été mis dans l’obligation de malmener assez durement M. Joubert dans les colonnes de l’« Avenir de la Vienne et de l’ouest »

Le premier adjoint admettait fort bien en effet de passer chaque semaine dans « l’Action sociale », défunte depuis, sous la signature de « Marcel Robert » notamment des papiers injurieux, parfois mêmes diffamatoires ; visant toutes les personnes qui s’élevaient contre les entreprises des « S.F.I.O. » chatelleraudais, mais il devenait furieux à la moindre réplique.

M. Joubert ne pouvait, dès lors, me pardonner de l’avoir vigoureusement mis en cause, quelques semaines plus tôt et il avait juré de prendre sa revanche.

Aussi essaya-t-il de faire entrer seul les délégués des chômeurs dans le cabinet municipal. Si la manœuvre avait réussi, il m’eût fermé, triomphalement, la « porte au nez » et il eût été, comme on peut le penser, fort heureux.

Malheureusement ce fut le premier adjoint qui resté « gros Jean comme devant ».

Devant le refus obstiné de M. Joubert de me laisser entrer dans le cabinet municipal, sans me départir aucunement de mon attitude correcte, je priai les délégués de se montrer solidaires de ma personne et de se retirer avec moi.

Les délégués chômeurs Lachaud, Moine et Raimbault me suivirent pendant que M. Joubert continuait à les prier d’entrer en les regardant s’éloigner avec amertume. Cet incident fut mal interprété par les chômeurs.

Quant à moi, écartant tous les ressentiments justifiés qui auraient pu se manifester dans mes actes, j’avais offert loyalement ma collaboration à la Municipalité afin que les malheureux sans travail de Châtellerault obtiennent plus facilement et plus rapidement une amélioration de leur sort.

M. Joubert, par cet incident grotesque et déplorable, venait de la repousser.

Le premier adjoint avait au surplus abouti à un résultat avec cette mesquinerie qui ne grandissait pas sa personne, c’est que désormais j’étais assuré de la sympathie et de la pleine confiance de tous les chômeurs.

M. le sous-Préfet reçut, lui, la délégation avec son amabilité coutumière et voulut bien accepter d’adresser une lettre à tous les maires de l’arrondissement pour les prier de faire connaître leurs besoins en main d’œuvre.

Une seule demande d’emploi, hélas ! nous parvint et encore elle provenait de la commune d’Ouzilly-Vignolles située dans le canton de Moncontour, à la limite des Deux-Sèvres.

Un premier geste de l’Union des commerçants et industriels.

Il fallait aussi penser à la question des secours d’extrême urgence. Nous demandâmes à l’Union des commerçants et industriels de bien vouloir nous apporter son concours et le Conseil d’administration de cet important groupement qui a la bonne fortune d’avoir à sa tête MM. Mérienne, Prieur, Boireau, Monnet, Joachim, Texier, Boisson, Giteau, etc. vota aussitôt une subvention de 500 francs.

Une partie de cette somme fut utilisée à doter les enfants des chômeurs de chaussures et de tabliers. Le reste fut employé à l’achat de viande et de produits de première nécessité.

Je dois souligner que non seulement les commerçants prélevèrent sur leur caisse cette somme de 500 frs, mais qu’encore ils consentirent de très gros rabais sur les articles achetés pour les chômeurs ou les membres de leur famille.

Les commerçants châtelleraudais avaient donc été les premiers à donner l’exemple de l’accomplissement du devoir de solidarité envers les sans travail.. Nous verrons, par la suite, qu’ils continuèrent d’accomplir leur devoir d’une manière remarquable et qu’ils ont droit à la gratitude des familles de tous les ouvriers qui depuis 6 mois ont été victimes du chômage à Châtellerault.

F. Audinet, président du comité des chômeurs

(A suivre)

 

 

le 21/06/2020 à 17:33

Source : L'Avenir de la Vienne

comité chômeurs, municipalité

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