0249228/01/1942POITIERS
Depuis mai dernier, nous avons fait campagne pour qu’un rajustement des salaires des employés de tramways soit effectué.
On se souvient de la polémique que nous avons soutenu avec MM. Pétonnet et Gros, adjoints, chargés de l’expédition des affaires courantes pendant l’interrègne entre la municipalité Molinari et la municipalité Masteau. Malgré les affirmations de ces édiles peu renseignés, nous avons soutenu que les appointements mensuels des employés des tramways devaient être augmentés de 107 francs 50 par mois afin d’être mis au même niveau que ceux des employés municipaux auxquels ils avaient été assimilés au moment de la signature de leur convention collective. Avec la nouvelle municipalité Masteau nous avons continué à réclamer justice pour les employés de tramways. Nous devons, à la vérité, reconnaître que M. Masteau n’a pas opposé à notre thèse la même fin de non recevoir que M. Pétonnet. M. Masteau avait chargé M. Ledoux, conseiller municipal, l’unique ouvrier du Conseil, de lui faire un rapport sur la question.Ce rapport a été ce qu’il devait être. Il a reconnu que nous avions raison, que les employés des tramways avaient raison, et que la justice demandait qu’il soit accordé une augmentation de 107 francs 50 par mois à ces travailleurs consciencieux.
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La fameuse augmentation de 107 francs 50 par mois était votée avec rappel au 1er novembre 1941. M. Masteau avait reconnu le bon droit des employés des tramways. M. Pétonnet était publiquement désavoué et nous pouvions enfin penser qu’après une campagne qui durait depuis huit mois, nous avions enfin obtenu satisfaction.
Hélas ! Il n’en était rien. On a affirmé d’abord que le retard apporté à l’exécution de la décision du Conseil municipal venait de l’opposition de M. le Préfet régional. Une telle affirmation était si invraisemblable que nous n’avons pas hésité à posé la question à M. Bourgain. La réponse est venue. La préfecture approuve pleinement la décision du Conseil municipal. C’est net et sans équivoque. Le gouvernement du Maréchal Pétain veut que les salaires insuffisants soient rajustés. (…)
On nous a affirmé ensuite que le retard venait de la mairie. On peut nous croire si nous affirmons que ce n’est pas M. Masteau qui s’oppose au rajustement des salaires des employés de tramways. (…)
Mais alors ? Qui donc s’oppose au versement de l’augmentation de 107 francs 50 ? La compagnie des tramways, tout simplement. Dans quel but ? Personne n’en sait rien. La compagnie a réalisé l’année dernière un bénéfice de 100.000 francs, c’est la ville de Poitiers qui répond du déficit éventuel. On ne comprend nullement pourquoi une telle obstination à refuser d’accorder un salaire décent à son personnel !
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Tous les révolutionnaires nationaux sont avec les employés de tramways. Il faut que satisfaction leur soit donnée. La suppression du droit de grève a pour corollaire l’obligation pour les pouvoirs publics de défendre les intérêts légitimes des travailleurs. Elle a aussi cette conséquence que nous devons manifester une solidarité complète avec tous les membres de la communauté nationale. L’esprit nouveau qui doit inspirer tous nos actes aboutit à cette conclusion, inattendue pour certains : au lieu de se retourner vers leurs seuls camarades de travail, vers leur camarades « de la classe ouvrière » comme on disait hier, pour les appeler à l’aide, c’est à tous les citoyens français que les ouvriers doivent s’adresser maintenant. Les plis du drapeau tricolore sont assez vastes pour nous contenir tous. Si satisfaction n’est pas donnée aux employés de tramways, tous, riches et pauvres, bourgeois et prolétaires, nous nous unirons pour montrer aux saboteurs de la Révolution nationale que le règne du capitalisme est fini, et que ce n’est pas pour rien que le mot TRAVAIL figure en première place dans la devise du nouvel État Français. Et lorsque le question des salaires des employés de tramways sera liquidée, nous aborderons les autres salaires anormalement bas qui existent encore à Poitiers. Documentez-vous, n’ayez pas peur. Nous voulons réaliser la Révolution Nationale, et ma foi, pour ce faire, il faut parfois se montrer… révolutionnaires !
Pierre Chavigny
le 24/09/2020 à 18:27
Source : L'Avenir de la Vienne
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