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0259607/10/1944POITIERS

UN APPEL DU SYNDICAT DE L'ENSEIGNEMENT DE LA VIENNE

L’appel ci-dessous a été envoyé à un instituteur par canton seulement. Il y avait impossibilité de toucher tous nos collègues dont nous ignorons les adresses vu le bouleversement apporté depuis 4 ans dans le personnel. Et puis la dépense eut été trop élevée pour l’envoi et nous partons à zéro.

Je vais essayer de mettre sur pied un bulletin de 4 à 6 pages qui sera envoyé à chaque adhérent. Et puis, la machine en marche, une assemblée générale choisira de nouveaux cadres qui donneront à notre syndicat une impulsion nouvelle.

J’espère, par l’intermédiaire du « Libre Poitou » toucher des camarades qui n’auront pas reçu communication de notre appel. Qu'ils fassent autour d’eux toute la propagande possible. J’ajoute que nous accueillerons avec une particulière satisfaction l’adhésion des autres ordres : professeurs de faculté, de lycée, de collège. Je n’oublie pas que nous avons créé dans la Vienne le premier syndicat unique de l’enseignement comptant des membres des trois degrés. Je m’en fis le promoteur et propagandiste sur le plan national par des articles dans « l’École libératrice » et par des ordres du jour donnés à nos congrès. Je ne renonce pas à grouper dans un syndicat unique tous les travailleurs de l’Enseignement dont la solidarité n’a pas besoin d’être démontrée.

Le syndicalisme n’est pas mort étouffé par la Charte, ce guet-apens tendu sous ses pas, c’est la Charte qui est mort née. Notre ami Souchaud a exposé l’action menée ici et dans toute la France par la C.G.T., les U.D., les syndicats. On saura plus tard la part prépondérante prise par les organisations syndicales pour lutter contre l’occupant et pour aider ses victimes.

Nous avons vécu à Poitiers des heures d’enthousiasme qui nous font oublier les années d’angoisse. Et maintenant il faut se mettre au travail de tout cœur afin de ne pas laisser passer l’heure des réalisations nécessaires et possibles. Que personne ne boude à la besogne, il y a du travail pour toutes les bonnes volontés. Les syndicats sont largement représentés dans les organismes qui poursuivent une besogne immédiate d’épuration de longue haleine, de construction. Nos représentants ont besoin de notre large appui. Ils le sollicitent, nous le leur devons. Et voilà une première raison de nous grouper pour les épauler.

Mais aussi, nous devons être présents pour défendre nos revendications matérielles et morales. On prépare un ajustement des traitements et salaires au coût de la vie. Qui ferait entendre notre voix si le syndicat n’était pas reconstitué, plus fort et plus vivant que jamais ? Nous voulons un syndicalisme neuf, indépendant, généreux et constructif. Que les noms des signataires de cet appel ne donnent lieu à aucune crainte, à aucun commentaire, les signataires ne cherchent pas à s’imposer. Souchaud, devant l’urgence de reconstituer le syndicat, a fait appel à la bonne volonté de Pouilloux, lequel s’est tourné vers Robert. Mais l’un quitte l’activité en octobre, l’autre ne tardera pas à le suivre dans la retraite. Si ni l’un ni l’autre n’a pensé à se dérober à cette ultime besogne, l’un et l’autre s’engagent à ne solliciter aucun mandat, aucune représentation. Place aux jeunes, qu’ils prennent notre main tendue et bénéficient de nos efforts passés, qu’ils marchent vers l’avant. Dès que possible une assemblée générale sera réunie qui nommera son C.S. et fixera la position des instituteurs tant dans l’ordre revendicatif professionnel, que dans la tâche révolutionnaire de la construction d’un État nouveau. Si nous voulons que « cela change » il faut mettre la main à la pâte et laisser à leur pessimisme les aigris qui ne savent que critiquer, tâche infiniment facile mais combien stérile. Autre est de bâtir…

Un camarade par canton a reçu cet appel. Il voudra bien établir en double exemplaire la liste de ceux qui désirent adhérer au syndicat, centraliser les fonds (50 francs pour les titulaires, 10 francs pour les autres, pour l’année 1944) et adresser une liste :
J. Pouilloux, 10 boulevard Coligny à Poitiers ; l’autre liste et les fonds à : Mme Riverau, institutrice, hôpital Pasteur à Poitiers.

Nous terminons cet appel en adressant à nos déportés et à leur famille, l’expression de notre reconnaissance émue. Et nous espérons proche leur retour parmi nous. Nous croyons que le meilleur moyen de leur montrer notre reconnaissance c’est de continuer leur œuvre. Que diraient-ils si, à leur retour, ils nous trouvaient confinés dans un égoïsme stérile et désuet ?

VIVE la C.G.T reconstituée. VIVE le syndicat de l’enseignement de la Vienne.

J. Pouilloux, L. Robert.

 

 

le 26/10/2020 à 17:25

Source : Le Libre Poitou

bureau, propagande

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