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0294926/03/1947POITIERS

MEETING ET MANIFESTATION DE LA CGT

RÉPONDANT EN MASSE À L’APPEL DE LA CGT

Les salariés poitevins ont manifesté mardi soir pour l’application effective de la baisse des prix.

Un orateur, M. Vigier, s’élève contre la mise en liberté de l’ex-préfet Bourgain condamné à 15 ans de travaux forcés.

En fin d’après-midi de mardi, l’Union locale des syndicats ouvriers avait convié les travailleurs de toutes professions, les fonctionnaires, les agents des services publics et consommateurs de Poitiers à venir assister au grand meeting qu’elle organisait dans la salle de la Maison du peuple. La salle s’avéra bientôt trop petite pour absorber le flot des manifestants et nombreux furent ceux qui durent rester dans la cour. Fort heureusement une installation de diffusion avait été prévue à l’extérieur et chacun put suivre les exposés des différents orateurs.

L’exposé de M. Commelin

En ouvrant la séance, le président, M. Auguste Commelin, secrétaire général de l’Union locale des syndicats ouvriers, invita MM. Babin du syndicat bois et bâtiment, Austrui des cadres des chemins de fer, Bernard du syndicat des voyageurs de commerce, Pouilloux du syndicat des instituteurs, Gibois du syndicat des ouvriers du parc d’artillerie, à venir composer le bureau de séance.

Puis il résume les buts du meeting qui se tient à la même heure dans toutes les villes de France : Exiger l’application réelle de la baisse, le châtiment des fraudeurs, l’application du salaire minimum vital, le respect de la hiérarchie des salaires, l’application de la loi du 21 mai 1946 sur la réévaluation des allocations familiales, que le plafond de l’impôt sur les salaires soit porté de 40.000 à 84.000 frs, la conclusion de conventions collectives, la mise au travail immédiate des tous les hommes oisifs de 18 à 55 ans et enfin l’Union de tous les républicains pour faire échec à la réaction.

M. Vigier

Après M. Commelin, c’est M. Vigier qui vient à la tribune

Il rappelle tout d’abord que c’est au cours de la réunion du 12 mars dernier du bureau confédéral que la réunion d’aujourd’hui fut décidée.

Dans quel but ? Reprenant un a un les différents points énumérés par M. Commelin, l’orateur les développe longuement, argumentant. Il montre combien la politique de baisse engagée par le gouvernement a été très peu suivie. Elle fut déclenchée au lendemain de l’application des 1200 queues de hausse instituée par M. de Menthon et qui entraînèrent des augmentations allant de 30 à 83 % pour de nombreux produits comme pour les engrais par exemple et même jusqu’à 100 % pour la viande en 31 mois et M. Vigier cite à l’appui de ses dires les coefficients d’augmentation de nombreux produits.

Il rappelle que la CGT chercha alors à faire admettre le taux de 7.000 frs comme minimum vital. Cette suggestion fut repoussée par le gouvernement qui se borna à accorder des indemnités temporaires pour certains salaires anormalement bas.

La réaction a applaudi la baisse il est vrai mais ce fut afin d’étouffer la revendication sur le minimum vital. Cependant la CGT maintient sa position, elle estime que seule la politique de baisse ne peut pas donner satisfaction et encore ne faut-il pas que ce soit le commerce de détail qui en fasse seul les frais, il faut aussi et surtout réduire les profits capitalistiques. Quelques chiffres de bénéfices scandaleux réalisés par certains trusts viennent illustrer remarquablement les affirmations de l’orateur.

Il faut également augmenter la production et M. Vigier montre que c’est seulement dans les industries nationalisées que le niveau de celle-ci a réussi à atteindre celui d’avant-guerre et même à le dépasser. De plus la Cgt est décidée à poursuivre son action pour l’adoption du salaire minimum vital tout en maintenant la hiérarchie des salaires, le châtiment exemplaire des fraudeurs et des saboteurs de la production.

Elle demande encore l’institution de prime à la production et au rendement, l’établissement de conventions collectives, la mise au travail de tous les hommes valides de 18 à 55 ans, l’application de la loi du 21 mai 1946 sur la revalorisation des allocations familiales et que le plafond de l’impôt sur le salaire soit porté à 84.000 frs par an.

Parlant ensuite des commissions d’assainissement du marché qui viennent d’être créées, M. Vigier estime que le nombre de ses membres, fixé à 20 pour Poitiers n’est pas suffisant et devrait être augmenté. L’ouverture de magasins-témoins complétés par des usines-témoins doit être effectuée dans le plus bref délai.

En terminant M. Vigier fait appel à l’union de tous les républicains pour faire échec à toute tentative de pouvoir personnel, à la réaction qui commence à relever la tête, pour que l’épuration soit complètement effectuée et que l’on assiste plus à certains scandales comme par exemple la mise en liberté de Bourgain, ex-préfet régional, pourtant condamné à 15 ans de travaux forcés. Il invite les travailleurs à participer aux élections aux conseils d’administration à la Sécurité sociale et à venir grossir les rangs de la grande confédération générale du travail pour que cesse enfin l’exploitation de l’homme par l’homme.

Avant de lever la séance, Comelin fait adopter à main levée une résolution qui, approuvée à l’unanimité, est ensuite portée à la Préfecture par une délégation.

 

 

le 18/11/2020 à 11:29

Source : Le Libre Poitou

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