« Retour

0306625/11/1947POITIERS

LES CHEMINOTS CÉGÉTISTES ONT VOTÉ POUR OU CONTRE LE PRINCIPE DE LA GRÈVE

Mais le résultat du vote ne sera connu qu’aujourd’hui à midi.

Lundi matin, les quais de la gare de Poitiers étaient quasiment déserts. Quelques voyageurs qui s’étaient risqués à la gare, étudiaient des horaires problématiques ou s’aventuraient pour demander des renseignements à des cheminots guère plus au courant qu’eux en raison des nouveaux débrayages dans les gares du réseau de l’ouest.

C’est ainsi que l’on apprenait la suppression du « train drapeau ». Quelques trains arrivèrent, d’autres furent attendus en vain. Les commentaires sur le nouveau gouvernement et sur les possibilités d’une grève à Poitiers allaient, si l’on peut dire « bon train ».

Comme le faisait remarquer ce matin un voyageur : « Ils auraient bien pu attendre la fin de la grève pour augmenter encore de 25 % ». C’est en effet aujourd’hui que sont entrés en vigueur les nouveaux tarifs.

« Ne soyons pas les briseurs de grève » demande M. Vigier, secrétaire de l’UD, aux cheminots poitevins

Réunis à 18 heures dans l’enceinte de la gare, les cheminots se sont rendus au parquet Ouvrard tout proche, où a eu lieu leur assemblée générale.

La réunion primitivement fixée à la gare, fut faite dans un autre lieu afin d’éviter certains désordres. Seuls furent admis les cheminots syndiqués sur présentation de leur carte.

Nous avons pu joindre dans la soirée un dirigeant du syndicat qui a bien voulu nous rapporter les faits essentiels de l’assemblée extraordinaire.

M. Vigier, secrétaire du syndicat des cheminots, après avoir indiqué les motifs qui avaient amené à faire la réunion en dehors de la gare, exposa les raisons de la grève : le refus par le gouvernement à appliquer les accords CGT-CNPF, ensuite la hausse incessante des prix dont les indices passèrent de 532 en juin 1946, à 856 en novembre, pour atteindre 935 en juin 1947, à 1.185 en septembre et 1.285 en octobre dernier. L’orateur examine ensuite les résultats de l’expérience de baisse Blum qui avant de sombrer n’avait pu plafonner qu’à 3,33 %. Il parla du chômage qui guettait le monde du travail par suite du manque de matières premières et donna pour seul exemple le fait qu’à la gare de Poitiers, la semaine dernière, on débaucha du personnel aux entreprises effectuant la reconstruction. Le secrétaire de l’UD des syndicats évoqua ensuite le matraquage des syndicats à Marseille et Paris. Il s’éleva contre l’ingérence capitaliste américaine et en appelle à la classe ouvrière qui ne doit prendre ses mots d’ordre pas plus à Londres, qu’à Washington ou à Moscou. Il met en garde les syndicalistes contre les atteintes à la République qui pourraient résulter du nouveau ministère Schuman, désireux de voir supprimer le droit de grève.

Parlant de la grève, M. Vigier indiqua la position gréviste aux dernières nouvelles : A Paris, au matériel, 90 % de voix pour la grève, au dépôt et à l’entretien 100 % ; à Vitry 100 % ; à St-Pierre-des-Corps, chez les conducteurs électriciens 100 % ; la « vapeur » et l’entretien étant en train de voter.

Pour conclure son exposé M. Vigier déclara : « Nous ne devons pas nous désolidariser de nos camarades de Tours, Paris et de Bordeaux, ne soyons pas des « briseurs de grève », il n’est plus possible de reculer, passons à l’action, faisons comme eux, prenons nos responsabilités, cette fois ce doit être la quatrième force qui doit imposer son point de vue, celle qui groupe 6.700.000 adhérents : la CGT.

A l’issue de la réunion les cheminots syndiqués déposèrent leur bulletin dans une urne qui scellée fut emmenée au bureau du syndicat jusqu’à ce matin où doivent voter les cheminots qui travaillaient au moment de la réunion.

A midi commencera le dépouillement qui sera connu dès le début de l’après-midi.

Les cadres et les techniciens contre la grève

Lundi après-midi les cadres et techniciens de Poitiers avaient été appelés à voter à bulletins secrets sur l’opportunité de la grève.

Le résultat du vote fut le suivant : contre : 37 ; bulletin blanc : 1 ; bulletin nul : 1.

 

 

le 25/11/2020 à 11:36

Source : Le Libre Poitou

assemblée générale, grève, vote

« Retour

Espace Militants v0.3 - UD CGT 86 - http://cgt-ud86.org

Site UD 86 - Espace militants - Espace formation