0367312/04/1950POITIERS
La Confédération française des Travailleurs chrétiens (Union départementale de la Vienne, 5 rue Th.-Renaudot, Poitiers), nous adresse la communication suivante :
Vers un conflit dans le bâtiment ?
Les chantiers du bâtiment, dans notre région, manifestent depuis quelques mois déjà une recrudescence d’activité et l’opinion publique se réjouit de voir enfin démarrer non seulement la reconstruction pour les nombreux immeubles sinistrés durant la guerre mais encore la construction de nombreux édifices publics et privés.
Les ouvriers du bâtiment ont consenti de bon cœur pendant cet hiver, dans l’intérêt général, à travailler 48 heures par semaine et chacun sait que la température exceptionnellement douce a permis aux entreprises de poursuivre à peu près sans arrêt leurs activités.
Rien ne saurait donc plus sensible aux travailleurs du bâtiment qu’un reproche immérité : ne pas avoir fait tout ce qu’ils pouvaient faire.
Or un conflit regrettable menace à l’heure actuelle la corporation qui a consenti le plus de sacrifices pour aider au relèvement du Pays.
Les 48 heures vont-elles dégénérer en 54 heures ?
Des centaines d’ouvriers du bâtiment se le demandent non sans anxiété, devant les exigences de la Chambre patronale du Bâtiment.
Ils ne sont pas d’accord pour travailler 54 heures pendant tout l’été alors que le chômage persiste encore partiellement chez les travailleurs non qualifiés.
Au nom de la solidarité ouvrière ils se refusent à maintenir sans travail des camarades qui ont eux aussi besoin de vivre et de faire vivre leur famille sans mendier.
La CFTC s’est émue à l’annonce d’une prolongation générale de la semaine de travail pour l’ensemble des entreprises du bâtiment de la Vienne et a fait savoir par écrit à la Direction départementale de la Main-d’œuvre qu’elle ne pouvait pas accepter la demande patronale basée sur une récupération forfaitaire de 100 heures par ouvrier et motivée par une soi disant perte générale de plus de 100 heures individuelles de travail consécutivement au gel.
Une décision a cependant été prise donnant complète satisfaction à la Chambre patronale et déjà elle est appliquée dans plusieurs entreprises.
La CFTC usant des moyens en son pouvoir, a décidé d’intervenir auprès de Monsieur le Préfet et du Ministre du Travail.
En accord avec le syndicat ouvrier du bâtiment de la CGT, une délégation mixte a sollicité une audience et samedi après-midi a été reçue, en l’absence de Monsieur le Préfet Thomassin, par M. Belin, chef de cabinet de celui-ci
Un memorandum a été remis, à l’issue de l’entretien par la délégation syndicale CFTC, concernant l’état présent de l’emploi de la main-d’œuvre dans l’industrie du bâtiment.
Il faut se garder d’oublier l’aspect social d’un problème que trop souvent on envisage exclusivement économique : « les gars du bâtiment » ne sont pas corvéables à merci, ils ne veulent pas risquer le chômage cet automne ou cet hiver parce qu’ils auront dû mettre les bouchées doubles cet été.
De plus, ils ont bien le droit, eux aussi, d’avoir quelques loisirs au cours de la plus belle saison de l’année et leur travail ne leur fait pas oublier qu’ils ont femme et enfants.
Beaucoup résident loin des chantiers, ce sont pour eux avec leur trajet aller et retour des journées de 10 à 11 heures loin de leurs foyers. Sous le prétexte de récupérer des heures qu’ils ne sont pas sûrs d’avoir perdues en si grand nombre qu’on voudrait leur faire croire, on désire pus ou moins les priver des majorations légales dont bénéficient les heures supplémentaires.
Ils n’ont jamais refusé de travailler, mais ils refusent d’être dupés.
le 31/01/2021 à 17:17
Source : Le Libre Poitou
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