0039707/12/1905POITIERS
GRÈVE DES OUVRIERS BOULANGERS LA DÉCLARATION DE M. MEUNIER : MISE AU POINT
Ce fut évidemment avec les plus expresses réserves et en laissant l'entière responsabilité à son auteur, que nous accueillîmes, hier soir, la déclaration de M. Meunier. Certains points nous semblaient obscurs sur lesquels nous nous promettions de jeter quelques lumières, certains faits pouvaient peut-être, à première vue, paraître légèrement altérés que nous décidions de rétablir. Ce matin nous nous sommes attelés à la tâche et voici quels résultats nous avons obtenus.
D'abord l'entretien que M. Meunier eut le 27 octobre dernier avec M. Beauchamp était sans importance aucune, sans intérêt. M. Beauchamp n'appartenait pas plus alors qu'aujourd'hui au syndicat des ouvriers boulangers. Il n'avait aucune qualité pour parler au nom du syndicat. De son côté M. Meunier - de son propre aveu - ne se faisait l'interprète que de ses sentiments à lui. Il est bien clair que l'entente et les conventions qui auraient pu intervenir entre M. Meunier et M. Beauchamp, individus privés, ne pouvaient engager les collectivités en conflit à cette heure.
Mais supposons, comme le laissait croire M. Meunier, que M. Beauchamp eut été mandataire du syndicat ouvrier, il faudrait encore, pour que cet entretien du 27 octobre passé eut une signification réelle, que des propos qui ne soient pas insignifiants y eussent été échangés. Or ce ne fut pas le cas.
M. Beauchamp dit à M. Meunier :
- Vous devriez bien accorder le repos hebdomadaire à vos ouvriers.
M. Meunier répondit :
- Ah ! nous le voudrions bien, nous autres patrons, mais c'est absolument impossible. Il nous faudrait augmenter notre personnel dans des proportions trop considérables.
- Si nous organisions une conférence ? Proposa M. Beauchamp.
- Une conférence ? ... oui ... publique, si vous voulez, acquiesça M. Meunier.
Et l'on s'en tint là !
Le président du syndicat des patrons boulangers nous avouait hier :
"Au lieu de n'avoir que des dénégations personnelles à opposer aux ouvriers qui disent que je suis l'auteur de la grève j'aurai, quand on le voudra, la parole de M. Servant pour confirmer la mienne".
"M. Servant viendra dire que je n'ai donné que de bons conseils et que je me suis contenté d'exprimer le désir de me rendre aux réunions des ouvriers".
C'était inattendu.
Une triple question se posait.
Que pouvait bien avoir entendu M. Servant ? Que pouvait-il avoir dit ? Dans quelle mesure pouvait-il confirmer que M. Meunier avait tout fait pour éviter la grève ?Il nous est aisé maintenant d'y répondre.
M. Servant entendit simplement ces paroles de M. Meunier - qui nous l'a affirmé - à l'ouvrier boulanger : « Ah ! nous le voudrions bien, nous autres patrons, mais c'est absolument impossible, ... »,
Puis sur la demande de M. Beauchamp il déclara qu'il acceptait de présider une réunion publique des boulangers, patrons et ouvriers.
Et ainsi comment M. Servant pourrait-il proclamer les efforts du président du syndicat des patronal pour éviter le conflit actuel ?
Nous le cherchons.
En vérité on ne peut, sous aucun prétexte, attribuer à l'honorable M. Servant un rôle qu'il n'a pas eu. Aujourd'hui il s'agit de tarif et de tarif uniquement, la question du repos hebdomadaire est ajournée. M. Meunier ne l'ignore pas.
COMITÉ DE CONCILIATION
M. Giraud, l'honorable Juge de Paix du canton sud, saisi du conflit, a fait part hier à M. Meunier du désir des grévistes d'arriver à la composition d'un comité de conciliation.
M. Meunier s'est rendu cet après-midi, à 3 h, au bureau de M. le Juge de Paix à l'Hôtel de Ville. Il a dit au magistrat que les patrons n'étaient pas opposés à la formation d'un comité de conciliation demandé par les ouvriers boulangers.
M. Meunier va convoquer cinq de ses collègues pour dimanche prochain. Cette délégation se rendra devant M. Giraud.
Nous croyons savoir que M. Giraud a conseillé à M. Meunier de prier ses collègues de faire tout leur possible pour arriver à une entente désirable à tous égards.
LE DRAPEAU ROUGE
Une contravention a été dressée contre un gréviste nommé Dinet Louis, âgé de 18 ans, originaire de Latillé qui, en infraction à l'arrêté préfectoral, promenait le drapeau rouge sur la voie publique.
LES MANIFESTATIONS
Les manifestations semblent avoir été abandonnées par les grévistes. La nuit dernière aucun cortège n'a défilé par les rues. Les grévistes circulent par petits groupes. Ils sont calmes.
Néanmoins des patrouilles de gendarmes et d'agents continuent à sillonner nos rues.
LE NOMBRE DE GRÉVISTES
Le bruit courait aujourd'hui que plusieurs grévistes auraient repris le travail. Il n'en serait rien. Renseignements pris à la Bourse du Travail, le nombre des grévistes s'est accru de cinq unités. Il est ainsi porté de 47 à 52.
Certains grévistes semblent peu satisfaits du délai demandé par M. Meunier pour la formation du comité de conciliation.
Ce soir à 4 h 1/2 les grévistes se sont rendus à la Bourse du Travail pour y tenir une réunion.
le 07/04/2020 à 18:56
Source : L'Avenir de la Vienne
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