0439121/10/1955CHATELLERAULT
Le 15 novembre au Tribunal civil de Châtellerault
Le mardi 15 novembre 1955, à dix heures, à l’audience du Tribunal Civil de Châtellerault, au Palais de Justice de cette ville, seront vendus aux enchères publiques les immeubles saisis au préjudice de M. Maurice Rocher, industriel à Cenon.
C’est en exécution d’un jugement du 23 août 1955 et à la requête de M. Chaliat, percepteur des Contributions directes de Vouneuil-sur-Vienne, agissant en sa qualité et autorisé aux fins de saisie immobilière contre les époux Rocher-Zilling, par décision du Ministère des Finances et des Affaires économiques en date du 19 avril 1955, que cette vente a lieu.
La nouvelle, quand elle fut connue dans la région de Châtellerault, a causé une certaine émotion. Depuis des années, il existe une « affaire Rocher » dont, à intervalles réguliers, on parlait. Il semble bien qu’on soit à la phase finale de cette affaire, qui vit le jour lors de la Libération.
Pour la région châtelleraudaise, les usines Rocher de Cenon-sur-Vienne, figuraient au tout premier rang de ses industries.
A la Libération elles furent placées sous séquestre et un administrateur fut nommé. Le directeur, propriétaire, M. Maurice Rocher, ne fut remis en possession de ses biens que quelques années plus tard.
Ses usines, après avoir fabriqué des moteurs semi-fixes, des appareils de projection, de la coutellerie, des moteurs électriques, puis des motocycles, fabriquent actuellement des machines à coudre, employant 250 ouvriers, dont une cinquantaine de mensuels appartenant aux cadres et à la maîtrise.
En 1948, il y avait 390 ouvriers aux usines ; en 1952 : 690 ; en 1953 : 620 ; en 1954 : 510 et, d’année en année le chiffre d’employés s’est amenuisé.
Que s’est-il passé ?
C’est à la requête du Trésor public que les immeubles de M. Maurice Rocher sont mis en vente. Le propriétaire doit en effet au Trésor, à la Sécurité sociale, aux Allocations familiales, en fait à tous les créanciers privilégiés, plusieurs centaines de millions.
Depuis des années une très longue procédure a eu lieu. Des délais furent accordés. On tint compte, comme il se devait, du nombre d’employés qui trouvaient du travail dans ses usines.
Mais, étant donné les faits que, du côté des créanciers privilégiés la note allait croissant et ce dans des proportions considérables, la vente des immeubles a été décidée.
Les bâtiments ont été divisés en 12 lots, dont la mise à prix totale atteint le chiffre de 178.675.000 fr. Les machines que contiennent les usines, feront l’objet d’une seconde vente et l’on dit que la mise à prix totale, immeubles et machines, atteint 293 millions de francs.
L’usine de Chazelles, commune de Naintré et ses dépendances, le tout d’une contenance approximative de 31.000 mètres carrés, a été mise à prix pour 35 millions, Le Prieuré, commune de Cenon : 20 millions ; l’usine de Bretaigne, la Glacière ou Ancien moulin de Môle : 51 millions ; l’usine de Môle : 40 millions ; les maisons de Mollé (sept pavillons) : 12 millions, pour ne citer que quelques unes des principales mises à prix.
A propos de cette vente, une question se pose :
Y aura t-il des acquéreurs ? C’est ce que la journée du 15 novembre apprendra.
Dans le passé, en juillet 1954, des pourparlers avaient été engagés avec un groupe important d’industriels de la région parisienne pour le rachat des usines. Mais il n’y eut pas de conclusion à cette affaire.
Autre question : que deviendront les employés de l’usine ? Depuis fort longtemps ils sont au courant de la situation de l’entreprise et ont été avisés des conséquences pouvant intervenir à la suite de cette situation. D’autre part, comme il s’agit d’une main-d’œuvre spécialisée, leur reclassement sera facilité. Les services de la Main-d’œuvre, au courant de cet état de chose, ont pris toutes dispositions nécessaires.
le 10/07/2021 à 16:15
Source : Le Libre Poitou
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