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0522309/02/1962CHATELLERAULT

3.000 PARTICIPANTS AU MEETING DE LA « MANU »

hier après-midi à Châtellerault, réclament la révision du plan de reconversion du gouvernement

Manifestation de masse, hier après-midi à Châtellerault. Trois mille personnes ont défilé dans l’ordre et le calme, à travers les rues de la cité, coupant pendant plus d’une demi-heure la route nationale 10. Il y avait là tous les employés de la Manufacture d’armes, mais aussi leur famille et également des représentants des groupements et associations, de l’U.C.I.A., aux déportés, de l’Amicale des Vieux travailleurs à l’Union des Femmes Françaises. Tous se rendaient au meeting d’information tenu au Théâtre municipal, pour la défense de la Manufacture d’armes.

Nos lecteurs sont informés du problème que pose la MAC. Le gouvernement a décidé une opération de reconversion, suivant des modalités que nous avons précédemment exposées. Les employés de la Manu sont opposés à la forme et aux modalités de cette reconversion. Ils veulent que la Manufacture reste à l’État. Et hier, dans leur défilé, les pancartes et banderoles qui étaient brandies, montraient bien leur état d’esprit et leur résolution. On pouvait lire : « Tous unis pour la MAC », « Les femmes disent non à la fermeture de la Manu », « Unis jusqu’à la victoire », « Les commandes de l’État à la Manufacture de Châtellerault », etc...

Le défilé

A 16 heures, de la Manufacture en direction du centre de la ville, un long cortège s’ébranlait.

Peu avant Châtellerault, la gendarmerie motorisée, afin de prévenir tout accident, détournait la circulation.

Aux automobilistes venant en ville était remis le tract suivant :

« Les personnels de la Manufacture nationale d’armes de Châtellerault vous prient de les excuser de la gêne passagère qu’ils vous occasionnent.

« Cette manifestation a pour but d’attirer l’attention des Pouvoirs publics sur les très graves problèmes qui se posent à notre Établissement national menacé de liquidation au profit de Sociétés privées.

« Pour les 1.800 travailleurs qui y sont employés, cette menace, si elle se réalisait, serait la perte de leur emploi, de leurs avantages acquis et de leurs statuts.

« Les travailleurs de la MAC vous remercient de votre compréhension ».

Peu avant 17 heures, le cortège arrivait sur les promenades de Blossac où stationnait une foule imposante. Les hauts parleurs invitèrent alors les participants à rejoindre la salle.

Le meeting

Sur la scène avaient pris place les membres du Comité de défense, les délégués nationaux, départementaux et locaux des grandes centrales syndicales, tandis qu’au parterre les personnalités et les invités au meeting, parmi lesquels : M. Bouchet, député de Châtellerault ; le docteur Marie, conseiller général de Dangé ; M. Laballu ; les présidents de groupements et d’associations de Châtellerault ; des maires et conseillers municipaux de l’arrondissement et de nombreuses autres personnalités que nous nous excusons de ne pouvoir nommer.

C’est M. Gond, président du Comité de défense, président de séance qui prit le premier la parole. Il était 17 heures. Après avoir exprimé à l’assistance ses remerciements, il donna lecture d’un télégramme expédié de Decazeville aux « Manuchards », par les mineurs, télégramme dans lequel les mineurs assurent leurs camarades de lutte de leur solidarité et leur souhaitent un plein succès dans leur action.

Après la lecture d’un ordre du jour de solidarité émanant du personnel de la Pile Leclanché et de lettres de la section MRP de Châtellerault, du personnel de l’enseignement technique, le président lit une lettre de M. Abelin, maire de Châtellerault.

Dans cette missive, le premier magistrat exprime ses regrets de ne pouvoir assister à cette réunion. Il assure que ses collègues et lui sont dévoués à la MAC. « Nous l’avons montré à maintes reprises, écrit-il. Il ajoute : des négociations sont engagées. Au cours des pourparlers, des assurances valables ont été données ; ces pourparlers seront poursuivis. Nous devons éviter de rendre le débat passionné. Je considère que l’implantation de la SFENA est une garantie pour l’avenir ».

Il conclut : « Le Conseil municipal défendra toujours d’une manière vigilante vos intérêts.

L’orateur donne ensuite lecture du nom des groupements ou personnalités qui lui ont écrit : le Syndicat national des Instituteurs ; la FNDIRP ; le Conseil des Prud’hommes ; M. Jacques Masteau, sénateur ; le docteur Peyret, député ; le SGEN ; des maires ; etc...

L’allocution du président

Après avoir fait l’historique de l’affaire de la Manu, l’orateur déclare : « Notre devoir est de défendre la MAC contre des projets pas sérieux. Il ne faut pas non plus oublier, que nous distribuons 120 millions à l’économie locale, que la MAC paie 94 millions de patente !

Quant à la lettre du ministre (.../…), M. Gond déclare : « Elle ne change rien au problème. On nous parle de reconversion. Les Manuchards sont capables de faire leur conversion eux-mêmes, ils l’ont montré dans le passé. Les ministres ont condamné quelque chose qu’ils ne connaissaient pas. Depuis dix ans on s’est évertué à nous enfoncer. On dit que nos ateliers sont vétustes, ce n’est pas vrai. On y produit des chefs-d’œuvre de précision. J’en apporte la preuve ». Il cite alors des exemples. « Notre matériel est désuet ! On ne nous a pas donné de crédits ! ».

Il conclut :

« Nous sommes d’accord pour des réformes de structure. Nous ne voulons pas que l’État aliène délibérément son potentiel industriel, son patrimoine, tant en bâtiment, machines que main-d’œuvre de qualité. Une erreur est commise envers les usines et la Nation. Nous devons le dire.

« Nous nous battrons jusqu’à la révision des projets. Il faut que cette angoisse, cette incertitude, les conséquences économiques qui découleront d’un tel état de chose soient connues de tous ; c’est la raison de ce meeting… L’action continue.

Les délégués syndicaux

Tour à tour M. Autexier (CFTC), Paulet (CGT-FO), Leclerc (CGT) prirent la parole. Le premier déclare : Nous sommes d’accord pour la reconversion mais au sein seul de la DFA. Nous nous opposons à la liquidation du potentiel national. Je regrette que le Conseil municipal n’ai pas cru devoir démissionner. L’action n’est pas terminée. Restons unis.

M. Paulet, après avoir donné lecture des lettres qui ont été adressées au Comité par MM. Grimal et Duquerroux, employé de la Manu et Conseiller municipal de Châtellerault, déclare : « Nous voulons bien une reconversion, mais dans le cadre de la DFA. Nous continuerons l’action, avec l’appui de toute la population. Car, malgré tout ce qu’on dit, les menaces demeurent entières ».

M. Leclerc (CGT), dans un long exposé dit : « Le désarroi et l’incertitude pour les travailleurs de la manu » et déclare « le Conseil municipal et le Préfet se sont prononcés pour l’administration. L’opération de liquidation commence par une asphyxie. Nous exigeons le respect de notre intégrité et la sauvegarde du patrimoine commun ».

La solidarité des groupements et partis politiques

M. Jamin, au nom de la FNDIRP, M. Touzalin au nom du Comité de défense des femmes de « Manuchards », M. Guillemin, secrétaire de la section locale des déportés du travail apportaient ensuite très rapidement l’appui moral des groupements qu’ils représentent à la cause de la défense de la Manu.

C’est ensuite M. Labalu ; secrétaire de la Fédération radicale de la Vienne qui liait le problème de la Manufacture au déclin économique de la région Centre-Est – Centre-Ouest, déclin qui, pour l’orateur « est imputable au Gouvernement, lequel n’a pas su faire une politique rationnelle de décentralisation ».

« Nous nous devons, au Parti radical, de tenter de faire comprendre à la population de Châtellerault et de tout le département la gravité du problème de la Manufacture. Nous nous y emploierons ».

M. Gaveau, au nom du Parti communiste, apportait le soutien de celui-ci à la cause défendue par les ouvriers de la Manufacture.

M. Bouchet, député

L’allocution de M. le député Bouchet était très attendue. Celui-ci dit les démarches qu’il a entreprises pour que s’établisse un contact entre le Comité de défense et le Ministère.

« Le 1er février dernier, le général Lacombe était désigné pour faire la liaison entre le Ministère et le Comité de défense ainsi que de ceux s’intéressant au sort de la Manufacture.

« Je voulais ces contacts, car jusqu’ici les décisions étaient prises sans que personne ne soit contacté ».

Puis le député déclare :

« J’ai peur que vous n’obteniez pas gain de cause et je crois que dans ce cas la SFENA sera l’usine qui convient. D’autre part je suis convaincu que les discussions que vous aurez seront bénéfiques ».

Le docteur Marie, conseiller général

Le docteur Marie, Conseiller général de Dangé, succéda à M. Bouchet et se déclara solidaire des paroles prononcées un peu plus tôt par M. Labalu, ajoutant qu’il représentait ainsi la solidarité des gens de la campagne proche de Châtellerault qui s’intéressent eux aussi au sort de la Manu.

Un conseiller municipal de Naintré démissionne

M. Pichereau, conseiller municipal à Naintré, déclarait à la tribune que par esprit de solidarité avec les 245 employés de la Manu demeurant sur cette commune, il démissionnait de ses fonctions de conseiller municipal.

Tour à tour M. Gorin, secrétaire national de la CFTC, des ouvriers de l’État, M. Malville, secrétaire général FO, des ouvriers de l’État et M. Peret, secrétaire national CGT des ouvriers de l’État, placèrent le problème de la Manu dans le cadre national des établissements d’État « que l’on veut liquider » (dixit).

Après ces interventions, le président Gond déclarait : « Cela fait chaud au cœur de savoir que nous ne sommes pas seuls dans la lutte et que les fédérations syndicales sont à nos côtés ». Il remerciait ensuite les personnalités présentes ainsi que les commerçants et nombreuses personnes s’étant jointes aux Manuchards à l’occasion de cette manifestation et faisait adopter la résolution suivante.

La résolution

Les personnels de la Manufacture nationale d’armes de Châtellerault et l’ensemble de la population châtelleraudaise se sont réunis le jeudi 8 février au Théâtre municipal face à la décision du Ministère des Armées,
- « de convertir la manufacture dans son entier dans le cadre des mesures dites d’allègement des structures industrielles de la direction des études et fabrication d’armement ».
- La cession de l’annexe de la Brelandière à la Société française d’équipement pour la navigation aérienne (SFENA).
- La liquidation de l’établissement principal avec comme solution d’attente le maintien d’un plan de charge suffisant qui doit permettre d’établir un programme de passage progressif des ouvriers et des cadres vers les entreprises choisies.
- S’élèvent contre cette politique de liquidation de la Manu.
- Demandent que soit étudiée rapidement la conversion de la Manu déjà commencée dans le cadre de la Défense nationale en tenant compte des avis des représentants des personnels.
- Font confiance à leurs responsables pour maintenir l’action entreprise afin d’obtenir de l’intégralité de la Manu au sein de la Défense nationale.
- Appellent dans ce sens les travailleurs et la population châtelleraudaise à rester unis dans la lutte qu’ils mènent pour la sauvegarde du patrimoine national, le maintien du plein emploi, le respect et l’amélioration des statuts.

Photo de la manifestation – banderole « les femmes disent non à la fermeture de la Manu »

 

 

 

le 15/12/2021 à 14:28

Source : Centre Presse

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