0525706/03/1962CHATELLERAULT
M. Bouchet, député de Châtellerault, nous a communiqué le texte suivant qu’il a lu devant le congrès départemental de l’UNR de la Vienne, dimanche dernier. Il y définit son point de vue sur le problème de la Manufacture.
« Le 9 janvier, quand M. Messmer, Ministre des Armées, a reçu les parlementaires, il a développé l’idée suivante :
« De 1918 à 1940, le ministère des Armées estimait que les Manufactures devait pouvoir, en cas de conflit sur un front stabilisé, fournir en quantité et longtemps des armes et des munitions aux combattants.
« Il fallait prévoir un personnel qualifié, des bâtiments, des machines, des stocks de pièces et de matières premières en quantités suffisances, prévoir aussi dans le budget des armées une part importante pour faire face aux dépenses : achats, entretien, frais de personnels. C’est la direction des études et fabrication d’armement (DEFA) qui était chargée de la gestion des 28 manufactures d’État dont celle de Châtellerault.
« Les conceptions de l’état-major ont évolué et actuellement on envisage deux sortes de conflits.
« La guerre subversive dont les armes sont la propagande. Les grenades, mitraillettes, plastic…
« La guerre atomique.. qui ne durerait que quelques heures.. avec la certitude de savoir le lendemain quel serait le vainqueur et le vaincu… s’ils n’y a pas deux vaincus.
« Quoiqu’il en soit les Établissements de la DEFA ne peuvent plus jouer leur ancien rôle, le ministère des Armées est dans l’obligation d’utiliser d’une façon différente le budget – important sans doute, mais tout de même limité – dont il dispose.
« Voilà l’explication de la politique de conversion, je regrette qu’elle n’ait pas été portée à la connaissance du public et surtout à la connaissance des personnels de la DEFA.
La conversion peut-elle être faite ?
« La conversion étant obligatoire peut-elle être faite au sein de la DEFA ?
« Le but visé, dans l’intérêt des contribuables, dans l’intérêt de tous les Français, c’est la meilleure production au meilleur prix toute économie réalisée dans quelque domaine que ce soit, devant être utilisée pour compléter l’équipement national, écoles, routes, courant force, eau courante…
« La DEFA organisme très lourd, pourrait-il devenir suffisamment concurrentiel, pourrait-il dans un proche avenir s’adapter à des productions très nouvelles, très différentes…
« Ce sont là des questions importantes auxquelles je ne puis répondre aujourd’hui… mais qu’il faut étudier. J’imagine d’ailleurs, je suis convaincu que cela a été fait – et à mon avis se fut une erreur grave – c’est que ces résultats n’ont pas été communiqués ni aux délégués du personnel, ni même à ceux qui sur place ont des responsabilités administratives, ni aux élus.
« Ce que je sais à ce sujet, ne sont que des éléments épars d’un problème vaste, complexe et je prétends que pour résoudre un problème il fait disposer de toutes les données connues.
« En fait nous n’avons pas à prendre position pour ou contre les décisions gouvernementales mais seulement à considérer le problème humain, le problème social.
Le problème humain, le problème social
« Un contrat a été passé entre l’État patron et des ouvriers dont certains auraient pu avoir ailleurs des situations plus brillantes, mieux rémunérées et qui sont restés à la Manufacture en raison surtout de la sécurité que présentait leur emploi.
« Le contrat doit être tenu, les ouvriers, employés, cadres de la Manufacture ne doivent pas voir leur situation actuelle diminuée.
« Puisque je suis amené à m’intéresser tout particulièrement aujourd’hui aux problèmes locaux, et plus précisément aux habitants de cette région je veux dire, songeant au personnel de la Manufacture, songeant aussi aux générations qui montent, ma confiance dans l’avenir de Châtellerault, même si la Manufacture devait être remplacée par la SFENA qui, je le rappelle à ceux qui craignent de voir dilapider notre patrimoine national, est elle-même sous contrôle absolu de l’État puisque nationalisée à 98 %.
« Deux faits significatifs auxquels j’attache personnellement une très grosse importance :
« J’avais, il y a plusieurs années, émis au Conseil général le vœu que l’école d’apprentissage de la Manufacture ait des promotions plus fortes.
« Ces promotions sont déjà passées de 15 à 30 et je suis heureux d’insister sur le fait que le Ministre a donné un accord de principe pour qu’elles soient portées à 50.
« Par ailleurs, je veux dire publiquement – à nouveau puisque je l’ai déjà fait au cours du meeting du 8 février - combien je sais gré au Ministère des Armées d’avoir délégué un de ses chefs de service pour venir à la Manufacture prendre contact avec le personnel.
« Je veux croire que de nombreux entretiens, l’étude des questions multiples qui se posent aux diverses catégories de personnels, apporteront à ceux-ci les précisions qu’ils souhaitent, les apaisements dont ils ont besoin, comme ils apporteront au Ministère des éléments d’appréciation fort utiles.
« Évidemment, j’ai eu souvent l’occasion d’entretenir mes collègues de ce très important problème, je ne vous apprendrais rien en vous disant qu’ils ne sont pas du tout disposés à appuyer telle ou telle politique partisane – et ils ont bien raison - ils sont par contre prêts à appuyer de leur autorité l’action que je mène.
« Fort de cet appui, convaincu que mon action a été efficace, je continue à suivre de très près tout ce qui touche à la Manufacture, avec le désir d’aider une œuvre d’intérêt national, avec aussi la volonté de défendre les intérêts de Manuchards et à travers eux les intérêts de notre région.
le 15/12/2021 à 17:55
Source : Centre Presse
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