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0528030/03/1962CHATELLERAULT

LE PROBLÈME DE LA MANUFACTURE — ÉCHANGE DE LETTRES ENTRE LE COMITÉ DE DÉFENSE DE LA MAC ET LA MUNICIPALITÉ

Un échange de lettres vient d’avoir lieu entre le Comité de défense de la Manufacture et M. Pierre Abelin, maire de Châtellerault. Cet échange de lettres a trait à la démission de la municipalité.

« Dans une motion votée par le Conseil municipal de Châtellerault, réuni en Commission générale à l’Hôtel de ville le 23 décembre 1961, à 17 heures, vous nous avez fait connaître ainsi qu’à la population châtelleraudaise votre position à l’égard des problèmes posés par la « conversion » de notre établissement national.

« Depuis le 23 décembre, aucun élément nouveau n’est intervenu susceptible de modifier la détermination du Conseil municipal.

« La volonté du Ministre d’appliquer le décision prise de céder une partie de l’établissement à une société mixte et de « convertir » le reste de l’établissement dans un délai de trois ans est, semble-t-il, inchangée.

« De plus, les diverses démarches engagées par le Comité de défense et les syndicats de la Manufacture pour faire prévaloir leurs arguments en faveur de la MAC, établissement national, se sont heurtées jusqu’à ce jour à une fin de non-recevoir. Plus que jamais les personnels sont inquiets pour leur avenir.

« Nous pensons qu’il est inutile de rappeler dans cette lettre tous les arguments sérieux et irréfutables que le Comité de défense et les syndicats ont maintes fois exprimés, soit au cours d’audiences, dans nos meetings et manifestations, soit par voie de presse.

« Nous nous opposons toujours à la vente de la Brelandière à la SFENA, qui serait une étape importante vers la liquidation d’un établissement national, élément important de l’activité de notre ville, de son commerce et de sa population.

« Nous pensons qu’une conversion est possible dans le cadre des Établissements nationaux. Nous n’insistons pas davantage.

« La motion du Conseil municipal adoptée à l’unanimité le 23 décembre 1961 devient donc exécutoire. Les personnels de la MAC en sont parfaitement convaincus. Nous voulons croire que vous aurez à cœur de vous y tenir affirmant ainsi votre solidarité totale avec les personnels de la MAC et leurs familles.

« Veuillez agréer, M. le Maire, Messieurs les Conseillers municipaux, l’assurance de nos sentiments distingués.

La réponse de M. Pierre Abelin, maire de Châtellerault

Voici la réponse que M. Pierre Abelin, maire de Châtellerault, a fait tenir au Président du Comité de défense :

La Municipalité de Châtellerault a reçu votre lettre du 28 mars et a pris connaissance du communiqué publié simultanément dans la presse.

Nous n’avons pas l’intention de reprendre les termes de ce communiqué et de polémiquer avec un vieil et honorable citoyen châtelleraudais sur les attaques formulées à l’encontre des États-Unis, de l’OTAN, ou « d’une soi-disant politique d’expansion et d’industrialisation du Conseil municipal ».

Il est trop évident que ces considérations reprennent les thèmes développés à longueur d’année dans le journal « l’Humanité » et sont connues de tous. Ce sont des problèmes uniquement politiques.

Restons-en, si vous le voulez bien à ce qui intéresse plus directement la très grande majorité des travailleurs de la Manufacture ;

Vous nous dites que tout semble fait pour que la Manufacture ne reste pas établissement d’État de fabrications d’armement.

L’action persévérante de la Municipalité, conjuguée bien souvent avec celle du Comité de défense, tend au contraire à assurer le maintien à Châtellerault d’un établissement d’État de fabrication d’armement.

D’ores et déjà, nous avons obtenu de M. le Ministre des Armées l’assurance très claire et formelle que les principaux programmes de la Manufacture nationale d’armes seraient sauvegardés pour une période de trois années et que certaines fabrications seraient même accrues.

Le point litigieux demeure le transfert de la Brelandière à la SFENA. Dans cette annexe de la Manufacture sont réparés les camions utilisés, jusqu’à une date récente, aux opérations militaires en Algérie.

Le Comité de défense paraît penser que l’implantation de la SFENA compromettrait l’activité ultérieure de la Manufacture alors qu’il nous a bien été marqué que la priorité serait donnée, en ce qui concerne l’emploi du personnel, à l’exécution de programmes durables de la MAC et que nous avons obtenu l’accord du Ministre sur une majoration très substantielle du nombre des apprentis de l’école professionnelle.

Nous ne méconnaissons pas néanmoins l’inquiétude qui a fait naître chez de nombreux travailleurs de la Manufacture l’annonce de l’implantation de la SFENA et nous estimons, comme vous, que cette question doit être suivie de très près afin que les engagements pris au nom du Ministre des Armées soient exactement tenus.

Il reste à déterminer si des fabrications d’aviation réalisées dans le cadre d’une société à capital public, ne présenteront pas à long terme, des avantages sérieux pour notre population ouvrière notamment pour les jeunes, compte tenu de l’évolution des armements.

Vous signalez que « les personnels de la Manufacture sont dans l’expectative complète en ce qui concerne le sort qui leur sera réservé ».

Des renseignements ont déjà été donnés à ce sujet par plusieurs personnalités de la délégation à l’Armement et notamment par M. Thomas qui est chargé de suivre plus particulièrement les problèmes de Châtellerault. Mais surtout vous savez, comme moi, qu’un Livre Blanc sera publié d’ici très peu de temps et que cette publication a été retardée par une maladie dont à souffert M. Thomas.

Ce livre blanc doit comporter des garanties très clairement formulées pour les « manuchards ».

Nous n’ajouterons que quelques mots en conclusion à cette lettre : si le Conseil municipal démissionnait à la date du 31 mars, alors qu’il a obtenu en relation avec les autorités départementales et avec votre Comité, une garantie de permanence des programmes de fabrication pour les trois années, la publication très prochaine de textes relatifs aux droits des travailleurs et le développement d’une formation professionnelle garantissant pour partie l’avenir – vous signalez vous-même que la moyenne d’âge de la MAC est trop élevée – son initiative revêtirait un caractère uniquement politique et ne servirait en aucune façon les intérêts des travailleurs.

Il nous paraît beaucoup plus utile, en toute conscience, de préparer l’avenir et de poursuivre une action concrète dans le sens défini par la motion du Conseil municipal de Châtellerault du 23 décembre 1961 et la lettre du Général Brisorgueil auxquelles vous vous êtes référé.

Chargé de gérer la ville à la suite de l’élection municipale de 1959 et responsable sur le plan local des intérêts collectifs de l’ensemble de la population, le Conseil municipal est maître de ses décisions, conformément à la règle démocratique. Il sera toujours disposé à collaborer de très bonne foi avec toutes les organisations syndicales et avec votre Comité de défense, dans le respect absolu des opinions de chacun.

Je vous prie d’agréer…

Pierre Abelin

 

 

le 26/12/2021 à 12:58

Source : Centre Presse

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