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0562205/11/1963CHATELLERAULT

LE PROBLÈME DU LICENCIEMENT DU PERSONNEL DES BASES U.S.

Les élus du Châtelleraudais forment un Comité d’action
Les mesures de la reconversion doivent être appliquées

Le licenciement dans les bases alliées, le problème du réemploi, les indemnisations, étaient à l’ordre du jour d’une réunion qui se tint hier après-midi à l’Hôtel de ville de Châtellerault, réunion groupant les élus cantonaux et municipaux concernés par ce problème du fait qu’un plus ou moins grand nombre de leurs administrés risquent d’être touchés par ces mesures. C’est à la diligence du syndicat national Force Ouvrière du personnel des bases que cette assemblée se tint.

Après que M. Abelin, député-maire de Châtellerault, eut ouvert la séance, la parole fut donnée au secrétaire national adjoint du Syndicat qui allait exposer les raisons motivant ce colloque.

Chacun des présents était en possession d’un document important résumant le situation et M. Ménard en fit l’analyse.

La situation

Des licenciements – le chiffre de 6.200 a été avancé – doivent intervenir parmi le personnel français employé dans les bases alliées. Nous en avons exposé les raisons dans de précédentes éditions. Un certain nombre de communes de la Vienne se trouvent touchées par ce problème. En premier lieu Châtellerault Poitiers, Naintré, Thuré, Colombiers, Targé, Dangé, Ingrandes, Saint-Romain, les Ormes, Oyré, Vaux, Vouneuil-sur-Vienne, Cenon, Availles-en-Châtellerault, Beaumont, Leigné, Antran, Vellèches, Lencloitre, Scorbé-Clairvaux, Bonneuil-Matours, Jaunay-Clan, Loudun. Ainsi plusieurs centaines d’employés vont-ils être touchés par ces mesures qui s’échelonneront de mars à septembre 1964, a t-on précisé côté américain.

Quant au nombre, on a parlé de 500, puis de 364 pour la base d’Ingrandes, de 220 pour Poitiers. Mais aucun chiffre n’a été, en l’état actuel des choses, défini puisque les listes de licenciement ne sont pas encore connues.

Un problème se trouve donc posé, c’est celui du réemploi de cette main-d’œuvre en même temps que celui des indemnités de licenciement à verser. Sur ces deux points précis, le Syndicat a livré hier les résultats de son étude aux élus municipaux et communaux.

L’exposé de M. Mesnard

« Pourquoi cette réunion ? A cette question le délégué syndical répondait : le problème dépasse une somme d’intérêts individuels, pour devenir un problème de reclassement dans toutes les communes, il s’étend d’ailleurs au plan régional. Ce que nous attendons de cette réunion, c’est la constitution d’un comité aussi large que possible, qui prenne les intérêts des personnels licenciés et présente leurs problèmes aux responsables : en l’occurrence l’employeur légal est le Gouvernement français. Ce Comité aurait pour but de faciliter au maximum les prises de contact, le reclassement du personnel, de voir tout ce qui peut être entrepris sur le plan régional. Car, ajoutait M. Mesnard, il est très difficile à l’organisation syndicale, du fait de multiples raisons qu’il expose, d’avoir tous les contacts nécessaires pour mener l’action. La mise sur pied de ce comité aiderait à cette tâche. Nous attendons donc un appui ».

Ceci dit, il indique la position de son organisation :
- Il est demandé que le Syndicat soit étroitement associé aux études de réemplois.
- Que les démissions volontaires soient transformées en licenciement, ce qui permettrait de verser aux intéressés les indemnités qui leur sont dues et par là même faciliterait un dégagement partiel immédiat.
- Que la liste nominative des personnes licenciées soit immédiatement communiquées.
- Qu’un fonds de chômage départemental soit créé (M. Mesnard ajoutait : « Quelle que soit la réticence très valable d’ailleurs des maires des communes rurales, il n’est pas possible de faire deux catégories de chômeurs, ceux des villes qui percevront pour un ménage 200 fr., ceux des campagnes qui ne toucheront rien). L’étude de l’ouverture de ce fonds devant être entreprise sans retard et un accord de principe obtenu sans délai.
- Une amélioration des conditions d’indemnisation, la victime d’un licenciement collectif subissant un préjudice supérieur à celui qui est licencié par son employeur.
- La suppression de la condition de cinq années d’ancienneté pour bénéficier de l’indemnisation.

Et la conclusion de M. Mesnard est la suivante, après avoir analysé les conséquences économiques et autres : « Il n’est que l’amélioration des indemnisations et la mise en place du fonds de chômage intercommunal pour retenir les gens sur place, suffisamment longtemps pour permettre la création des postes de travail indispensable ».

Le représentant FO avait, dans le cadre du problème du réemploi, donné sa position « en soulignant que les questions de réadaptation et de formation professionnelle étaient liées à la mise en place du « Fonds national de l’Emploi ». Or ce fonds reste à faire, car la loi portant création de l’organisme n’a pas encore été votée. Que, d’autre part, seuls seront autorisés à en bénéficier les personnels licenciés. Il ajoute : » Le Fonds national de l’Emploi ne risquant guère d’être en activité avant juin prochain, il faudra se débrouiller avec les moyens du bord. Car il n’y a aucune chance de voir les activités locales éponger le personnel disponible dès l’instant où celui-ci sera licencié dans un délai ne dépassant pas quelques mois.

La discussion

Dans la discussion qui va s’ouvrir, le docteur Marie, conseiller général du canton de Dangé, prend le premier la parole. Il déclare : « Le Gouvernement étant en l’affaire le maître d’œuvre c’est à lui de s’en préoccuper et de pallier à cette carence. On laisse toujours le soin, alors qu’elles ont des difficultés très grandes, aux collectivités de se débrouiller de tels problèmes. Alors que cette région fait des efforts surhumains pour son développement, on vient ajouter à ces soucis !… ».

M. Abelin qui prend alors la direction des débats, va proposer qu’on série les questions.

Après avoir examiné les trois aspects de la situation, il propose qu’une lettre soit adressée à M. le Préfet représentant le Gouvernement Français et à l’Intendance qui est l’employeur pour demander :
- que le taux de l’indemnité de licenciement soit le plus élevé possible.
- que l’on tienne compte du salariat sans tenir compte des cinq années de présence.

Mais dans ce domaine, c’est au plan national que doivent se dérouler les négociations entre les autorités françaises et le Gouvernement américain.

Il sera également demandé que les employés soient traités comme ceux de l’industrie française et bénéficient des conditions de licenciement de ces derniers.

Second point de la motion : Que la liste des licenciés soit connue le plus tôt possible et qu’il soit tenu compte des facteurs sociaux (résidence, famille, âge), qu’en ce qui concerne la formation professionnelle, un accord intervienne entre la direction de la main-d’œuvre et les autorités US pour qu’elle soit confiée à des moniteurs français.

Il avait été souligné, en effet, que la formation qui pouvait être donnée par les moniteurs américains ne correspondait peut-être pas aux normes désirées par l’industrie française.

M. Bouchet, intervenant, signale qu’en ce qui concerne les moniteurs français, ce fait paraît acquis.

L’animation de la région

M. Pierre Abelin abordait ensuite le problème de l’animation de la région. Il déclarait : « Quand il s’est agi du problème des 1.200 licenciés d’Hennelon, de celui des 400 mineurs de Lorraine, qui ont droit d’ailleurs à toute la sollicitude nécessaire, on s’inquiète, on va sur place. Quand il s’agit de Châtellerault, où un problème de reconversion de la Manufacture portant sur 2.000 personnes auquel s’ajoute celui d’Ingrandes, on laisse faire ! Il est vrai que les Poitevins sont des gens doux.

« Ce problème qui se pose, ne peut être isolé du complexe régional. J’ai posé à M. Frappart, commissaire adjoint à l’Aménagement du territoire, le problème de la zone de reconversion. La Rochelle bénéficierait de cette appellation ; nous serions, nous, classés « zone d’incitation » ; mais le débat concernant le projet des zones d’incitation est inscrit pour le 12 novembre au Parlement et encore le dossier n’est pas prêt, il n’y a pas encore de doctrine pour la zone Poitou-Charentes, on reste dans le domaine de la procédure ».

Et le député-maire de Chatellerault conclut : « Je propose qu’on ajoute aux premiers points de la motion, compte tenu des troubles de la perturbation qui se trouve apportés dans l’emploi, dans notre région châtelleraudaise et qui concerne 2 à 3.000 personnes, compte tenu du problème de la Manufacture, un paragraphe demandant que les mesures prévues par la reconversion soient appliquées.

A l’unanimité, M. Gérard Girault, conseiller général de Jaunay-Clan, ayant fait part à l’assemblée des appréhensions qu’il nourrissait dans son secteur, cette proposition s’inscrit dans le texte de la motion que le député-maire de Châtellerault est chargé de rédiger.

Un Comité

On passe ensuite à la désignation des membres du Comité de défense.

Sont nommés : MM. Pierre Abelin, député-maire de Châtellerault ; Bouchet, Parthenay, le docteur Marie, Gérard Girault, Legrand, Pilot, conseillers généraux …/...

 

 

le 17/01/2022 à 15:45

Source : Centre Presse

armée, personnel civil, licenciements, comité, pouvoirs publics

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