0605924/03/1966POITIERS
Hier, la Vienne a vécu au ralenti
Poitiers et la Vienne ont été privés hier d’électricité et la vie du département a été en partie stoppée. Répondant à l’appel lancé par les centrales syndicales, les employés d’EDF-GDF ont cessé le travail hier matin, dans la proportion de 95 %.
A 8 heures, l’ensemble des secteurs était privé de courant, à l’exception des services prioritaires (Hôtel-Dieu, Mileterie, Pasteur). Toutefois une certaine souplesse a été enregistrée puisque, en définitive, plusieurs quartiers de Poitiers sont restés sous tension, ceux des cliniques, maternités, services des eaux notamment.
Vers midi, enfin, l’électricité est revenue dans plusieurs rues du centre de la ville, le temps du déjeuner.
Une réunion Boulevard du Grand-Cerf
A 8 heures, à l’atelier du boulevard du Grand-Cerf, une réunion s’est tenue. Les délégués des centrales syndicales donnèrent des détails sur la grève aux personnes présentes et commentèrent la motion nationale rendue publique lundi matin.
Conséquences de la grève
C’est surtout dans le secteur industriel que la grève a eu le plus de répercussions. La majorité des entreprises étaient fermées et en particulier la totalité de celles utilisant le courant comme énergie principale (Leclanché, Secatol, Royco, Compteurs, etc…).
A Leclanché et aux Compteurs, la journée sera récupérée le samedi.
Dans le centre-ville, les magasins, les restaurants ont travaillé « aux chandelles ». Seules quelques rares entreprises dans le département possèdent un groupe électrogène, ce qui a permis de faire fonctionner partiellement ateliers ou rayons de vente.
Aux abattoirs, la situation a été identique, les « frigos » pouvant toutefois tenir vingt-quatre heures.
Le gaz : baisse de pression
En ce qui concerne le gaz, on sait que le gaz de Lacq pose des impératifs ne permettant pas un arrêt total. C’est pourquoi, seule une baisse de pression a été enregistrée dans la journée avant de revenir progressivement à la normale.
Un communiqué
« Les organisations syndicales CGT, GNC et CFDT du Centre de Poitiers se félicitent de la réussite de l’action menée dans la journée du 23 mars 1966.
« L’ensemble du personnel a fait preuve de sa volonté de voir aboutir ses revendications.
« Elles enregistrent la participation délibérée dans les actions des ingénieurs et cadres des industries électrique et gazière, SNCF et aussi du secteur privé, tel que la Métallurgie, la construction navale, le bâtiment, les industries chimiques, etc… comme élément de prise de conscience dans la lutte politique dite « sociale » du Gouvernement.
« Elles saluent également la réussite de ce mouvement, celui-ci s’inscrivant dans l’action montante de toutes les corporations, afin d’infléchir la politique autoritaire et rétrograde que le Gouvernement voudrait imposer à l’ensemble des salariés.
« Leurs revendications sont depuis des années :
« - La libre discussion de nos salaires comme l’exige le Statut national du personnel.
« - Le Gouvernement, au contraire, accentue son autoritarisme et pour tromper l’opinion publique continue à recourir à des faux semblants tels que les Commissions Grégoire et Toutée.
« Il ne faut pas confondre « salaire » et « masse salariale ». Cette notion de « masse salariale » a un seul but, celui de créer la confusion dans l’opinion publique, en laissant croire qu’il s’agit d’augmenter selon des pourcentages indiqués (d’ailleurs infimes) les salaires. Il n’en est rien.
« Chaque travailleur sait ce que représente son salaire, mais la définition de « masse salariale » est toute autre, ce sont les émoluments de l’ensemble du personnel de tout secteur en y incluant les avancements, les primes, les mesures catégorielles, les avantages sociaux, etc… tout cela gonfle la « masse salariale » sans que le salaire individuel soit augmenté d’autant.
« Par sa lutte mesurée et suivie à 95 %, le personnel des industries électrique et gazière de Poitiers a fait la démonstration de sa détermination pour obtenir satisfaction à ses revendications et a manifesté dans la journée d’action du 23 mars son désir de concilier au mieux la gêne que les usagers subissent dans cette lutte revendicative ».
le 15/03/2022 à 13:12
Source : Centre Presse
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