0640115/12/1967POITIERS
La journée d’action sociale du 13 décembre a marqué la volonté des salariés gaziers, électriciens, ouvriers des imprimeries du Livre, du labeur et de la presse (CGT - CFDT) pour l’abrogation des ordonnances anti-sociales et l’ouverture de négociations avec le gouvernement et le patronat, sur les problèmes, essentiels des salariés.
Ce mouvement de grève de 24 heures, lancé sur le plan national, a eu des répercussions sur la vie économique de notre département.
Dès mercredi matin, les coupures de courant, chutes de tension et baisses de pression ont gêné la vie domestique des particuliers et mis au point mort l’activité des usines.
Dans la plupart des entreprises la journée sera récupérée samedi. Dans les imprimeries et entreprises du Livre, la journée chômée par le personnel en grève ainsi qu’à EDF – GDF, marquait le mécontentement de ces secteurs devant la détérioration de leur situation respective.
Coupure prolongée
La veille de la grève, les organisations syndicales EDF - GDF avaient assuré qu’en raison du temps, les coupures seraient de courtes durées. Mercredi, cependant, les usagers eurent à supporter de longues coupures.
Les responsables syndicaux, consultés, dès mercredi après-midi, ont manifesté une vive surprise devant cet état de fait. En effet, les directions générales n’ont pas délesté les zones de haute-tension telle que la SNCF.
Dans un communiqué, les syndicats expliquent cette situation.
Gaziers et électriciens s'adressent aux usagers
« Le Comité de grève des gaziers et électriciens du Centre de Poitiers tient à informer les usagers domestiques de l’électricité dont un grand nombre ont été privés de courant pendant pratiquement une demi-journée, que la responsabilité en incombe uniquement aux directions générales d’EDF - GDF. Ces directions n’ont pas cru bon de faire procéder aux délestages de certains abonnés haute-tension, tels que la SNCF, la RATP et les grands centres industriels ; par là même ont contraint un grand nombre de petits usagers à subir tout le poids des coupures de courant et leurs conséquences.
« Le Comité de grève tient a préciser avec fermeté qu’il avait pris, compte tenu des conditions atmosphériques actuelles, les dispositions nécessaires afin que les conséquences de cette grève soient ressenties seulement au niveau des abonnés industriels.
« Le gouvernement et le patronat complices ont voulu une fois de plus faire subir aux usagers les plus modestes, les conséquences de cette journée d’action du personnel des industries électrique et gazière en lutte ».
Mouvement au sein de la 112e section du Livre
Sur le plan départemental, la 112e section du Livre s’est déclarée satisfaite de l’ampleur du mouvement. Sur 15 entreprises intégrées, à la Fédération, le pourcentage des grévistes varie de 80 à 100 %. Ce qui constitue une participation très importante.
A Poitiers, seule une entreprise, « La Française » a fonctionné normalement.
Le personnel technique de Presse de « Centre-Presse », solidaire du mouvement, a observé un arrêt de travail de 24 heures.
Meeting interprofessionnel
Mercredi, à 16 heures, l’AGEP de Poitiers avait organisé un meeting de soutien du mouvement salarial. Cette réunion, qui n’a pas connu l’ampleur souhaitée, a permis de voter cependant une motion revendicative.
Une heure après, débutait la réunion interprofessionnelle. A la tribune avaient pris place M. Girard, secrétaire général (CFDT), M. Collet (représentant l’UD CGT), M. Nony, secrétaire général de la FEN, M. Moutel, président de l’AGEP.Dans l'assistance on remarquait la présence de représentants de partis politiques (FGDS-PSU-PC).M. Nony (FEN) parla du durcissement des positions des enseignants dont les préoccupations rejoignent celles des travailleurs.
M. Girard (CFDT) évoqua, parlant du 13 décembre, l’étape nouvelle qui inaugure une nouvelle stratégie revendicative. Il mit l’accent sur la nécessité d’une lutte longue et âpre. Sa conclusion mettait en lumière la situation des ouvriers de notre département, qui se classe au rang des derniers sur le chapitre des salaires.
M Collet (CGT) rappela les incidences des ordonnances sur la Sécurité sociale, qui, aujourd’hui se font sentir. Il cite les nouveaux tarifs de remboursements de certaines visites médicales, et parla de la lutte qui sera poursuivie dans l’unité syndicale,
M. Collet devait également donner lecture à l’assemblée de la motion de défense des gaziers et électriciens (publiée ci-dessus).
M. Moutel, en sa qualité de président de l’AGEP, parla de la semaine revendicative nationale. Il mit l’accent sur les conditions désastreuses de la rentrée universitaire. Sur les récentes déclarations du gouvernement et d'universitaires (dans la foulée du plan Fouchet) qui visent à instituer « une sélection » à l’entrée de l’enseignement supérieur.
Motions de protestation
Une motion commune fut adoptée. Une délégation la porta à la préfecture de la Vienne ainsi que des motions s’élevant contre les ordonnances qui démantèlent la Sécurité sociale, contresignées de 7.000 signatures.
« Les travailleurs de Poitiers, rassemblés à la Maison du Peuple, le mercredi 13 décembre 1967, à l’appel des UD CGT - CFDT, de la Section de la FEN et de l’AGEP,
Constatent que la situation économique et sociale actuelle est caractérisée par :
- La détérioration du pouvoir d’achat des travailleurs suite aux effets des ordonnances frappant la Sécurité sociale, à la hausse des prix et au blocage des salaires ;
- L’accroissement de la charge fiscale ;
- l’aggravation de la situation de l’emploi découlant de concentrations monopolistes et de l’utilisation qui est faite des progrès scientifiques et techniques, de la limitation du marché intérieur et autres effets du Ve Plan.
Dans le même temps, les patrons, du fait de cette aggravation de la condition des travailleurs, accumulent des profits exorbitants encore accrus par les exonérations fiscales, les cadeaux tarifaires et autre fiscalité qui leur sont accordés.
Devant, cette situation, les travailleurs de Poitiers, exigent :
- l’augmentation des salaires, traitements et retraites,
- la garantie de l’emploi,
- l’abrogation des ordonnances contre la Sécurité sociale,
- la réduction du temps de travail sans perte de salaire,
- l’ouverture des discussions à tous les échelons sur les revendications des travailleurs du secteur privé, nationalisé et du secteur public,
- la garantie des droits syndicaux dans les entreprises,
- une véritable démocratisation de l’enseignement.
Ils appellent l’ensemble des travailleurs de Poitiers à poursuivre l’action pour l’aboutissement de leurs revendications ».
le 19/05/2022 à 15:26
Source : Centre Presse
Espace Militants v0.3 - UD CGT 86 - http://cgt-ud86.org