0649808/05/1968POITIERS
La seconde journée de grève et d’action décidée par l’Association Générale des Étudiants de Poitiers et par le Syndicat National des Enseignants du supérieur, s’est terminée par un grand défilé sur la voie publique.
Mille deux cents étudiants des facultés de Lettres, Sciences, Droit, des Instituts, auxquels s’étaient joints des élèves-ingénieurs de l’ENSMA et des élèves préparant les grandes écoles, ont parcouru en ordre les principales rues de Poitiers.
De la place de la Liberté au Rectorat
Point de départ de la manifestation, la place de la Liberté. En rangs serrés, les manifestants scandant des slogans : « Libérez nos camarades », « Université démocratique » se rendirent devant le rectorat. Au passage, place Leclerc, une étudiante de la PGEP arrosa le cortège de quelques seaux d’eau.
Devant les grilles fermées du Rectorat, le cortège stoppa en silence. M. Ducousseau, directeur de cabinet du préfet, recevait une délégation composée de MM. Moutel, Bouzigues, Lawton et Renaud. Reçue par le secrétaire général, la délégation lui remettait le texte de la motion commune votée lors du meeting de la Faculté des Lettres et lui faisait part des motifs de la manifestation :
« Libération des étudiants ; refus devant les excès de la répression et ébauche des problèmes fondamentaux qui se posent à l’Université ».
Le cortège reprenait ensuite son chemin vers la place Leclerc où il se disloqua sans incident.
Les motions de soutien
Les unions départementales des syndicats CGT, CFDT et FEN, ont adressé aux étudiants poitevins de l’AGEP des motions de solidarité. A eux se sont joints le Parti socialiste unifié et le PC.
Dans la journée d’hier, on devait apprendre que le personnel de service du Campus universitaire de Poitiers se solidarisait avec les étudiants en grève.
Des propositions de professeurs et étudiants
A l’issue des réunions de travail tenues en sciences, les porte-paroles des professeurs et des étudiants préconisent des mesures propres à améliorer les conditions de l’enseignement supérieur :
« Ils souhaitent la mise en place rapide de :
- Commissions paritaires ayant pour rôle d’examiner l’organisation de l’enseignement.
- Elles devraient fonctionner au niveau de la discipline en premier cycle et licence. Au niveau de l’année scolaire.
- Une représentation effective des étudiants aux diverses instances universitaires.
« Les étudiants et professeurs de la Faculté des Sciences de Poitiers tiennent à exprimer leur angoisse devant le problème des débouchés dans la conjoncture économique et la situation présentes.
« Cette angoisse trouve son origine dans deux constatations :
a) La société actuelle demande une formation technique et ne donne que peu de valeur à la formation humaine, telle que voudrait la concevoir l’Université.
b) Dans le cadre de la formation donnée par l’Université, l'étudiant se sent inadapté à une vie professionnelle dans une économie assez peu dynamique. Pour pallier ce problème, il serait souhaitable que chaque étudiant reçu ou non à ses examens, puisse trouver à l’Université un complément de formation technique et économique lui facilitant son intégration dans la vie active.
« Une liste des débouchés possibles pour une assez longue période devrait être publiée par les ministères compétents, assez longtemps à l’avance.
« Quoi qu’il en soit, il est extrêmement important que l’on sache que l’existence de débouchés en nombre suffisant ne dépend pas de l’Université. Consciente de ce problème, elle souhaiterait que l’opinion publique en prenne également pleine conscience sans se laisser abuser par une mise en accusation de son Université.
Les étudiants souhaitent avoir une possibilité réelle de discuter avec les enseignants sur l’objet même du cours qui leur est dispensé. Ils considèrent que même le groupe actuel de travaux dirigés (effectif maximum : 30) n’est pas un cadre propice et ils souhaitent que ce groupe soit divisé en quatre sous-groupes qui rencontreraient chaque semaine, pendant une heure ou une heure et demie, un assistant ou un moniteur. Ces séances seraient consacrées à une libre discussion sur le cours ou les exercices. Les moyens pédagogiques et financiers nécessaires à la mise en place de cette réorganisation doivent être rapidement dégagés ».
le 27/05/2022 à 14:33
Source : Centre Presse
Espace Militants v0.3 - UD CGT 86 - http://cgt-ud86.org