0679613/06/1968POITIERS
Malgré l’interdiction générale décidée par le gouvernement
Ils sont refoulés puis dispersés par le service d’ordre qui doit faire usage de grandes lacrymogènes
Un gendarme de Neuville est blessé par un jet de pierre
Répondant à l’appel de l’UNEF, l’Association Générale des Étudiants de Poitiers avait invité les étudiants à se rendre, hier à 18 heures, place de la Liberté, afin de s’y rassembler puis de défiler à travers la ville. Seul le rassemblement a pu s’effectuer devant la Faculté des lettres, une dizaine de grenades lacrymogènes lancées par les gendarmes ayant fait fuir les manifestants qui se retranchèrent dans la Faculté, d’où ils lancèrent ensuite des pierres sur les membres du service d'ordre.
Dès 17 h. 30, jeunes gens et jeunes filles arrivent place de la Liberté. La plupart d’entre eux se rendent à la Faculté des lettres. Devant la grille, des vendeurs offrent le journal d’extrême gauche l’« Humanité Nouvelle ». Trois-quarts d'heure plus tard, les étudiants sont trois cents environ, mais une centaine, comme le prouvera la suite des événements, est constituée soit d’une minorité d’éléments de droite, soit de curieux, soit de tièdes. Tous ceux-ci restèrent au nord de la Place, à hauteur de la rue Général-Berton, se contentant de regarder et de commenter.
Deux cents gendarmes casqués et armés ont été répartis sur la place et dans les rues environnantes. Entourés de leurs collaborateurs le commissaire central Raymond et M. Brunier, chef de la Sûreté, sont sur les lieux.
18 h. 20 : Deux à trois cents manifestants sont massés devant la Faculté. M. Moutel, président de l’AGEP monte sur la murette située de chaque côté de la grille. Il rappelle les événements de ces derniers jours, dénonce « la responsabilité du pouvoir gaulliste » et signale que le défilé aura lieu en dépit de la décision prise par le gouvernement d’empêcher les manifestations de rues. « D’ailleurs, précise-t-il, ce défilé devait avoir lieu hier et notre appel était antérieur aux ordres gouvernementaux ».
Un étudiant en médecine, parlant en son nom personnel, et M. Girard de la CFDT, expriment leur solidarité.
18 h. 35 : Se joignant à ceux qui stationnaient sur la place de la Liberté, des gendarmes arrivent par la rue Général-Berton et se dirigent vers le bas de la place, tandis que, dominé par trois drapeaux rouges, le cortège commence à avancer. On scande : « A bas la répression ! ». Les manifestants s’arrêtent devant le cordon des forces de l’ordre. Entre les deux groupes, qui se touchent presque, le commissaire central tente, mais. en vain, de parlementer avec M. Moutel. Ce dernier se contente de mêler sa voix à celles de ses camarades. Ce sont maintenant les cris de « CRS, assassins ». Ce face à face dure cinq minutes.
18 h. 40 : De la rue Cloche-Perse, des gendarmes arrivent en renfort.
18 h. 45 : Les ordres retentissent : « Armes au pied ! », « Armes à la poitrine ! ».,
18 h. 50 : Les étudiants scandent maintenant : « Provocateurs ! Provocateurs ! ». En rangs serrés, les gendarmes chargent et repoussent les manifestants dont quelques-uns étaient parvenus à venir sur la place. Après une brève bousculade, les étudiants sont regroupés.
18 h. 55 : La pression se fait de plus en plus forte mais le cordon des gendarmes ne cède pas. Les étudiants décident alors de s’asseoir par terre. Une centaine environ s’installe ainsi au milieu de la chaussée. Les autres restent debout derrière. Des groupes compacts sont agglutinés aux fenêtres de la Faculté. L'« Internationale » succède à la « Marseillaise ».
19 heures : Des gardiens de la paix descendent de leurs cars rangés rue Cloche-Perse. Sur la place, étudiants de droite indifférents, et badauds vont et viennent, montant éventuellement sur les bancs pour mieux voir ce qui se passe.
19 h. 05 : Les gardiens de la paix font dégager la place sans la moindre difficulté. Une centaine de personnes bien tranquilles demeureront derrière trois gardiens de la paix jusqu’à la fin des événements.
19 h. 15 : Les « assis » scandent : « Nous sommes désarmés ! ». Trente gendarmes traversent la place et se joignent à leurs collègues.
19 h. 20 : Après les sommations du Commissaire central, ordre est donné de dégager la chaussée. Une dizaine de grenades tombent au milieu des manifestants qui se lèvent précipitamment, s'enfuient et s’engouffrent dans la Faculté des lettres. Apeurées, quelques jeunes filles crient. Certaines perdent leurs chaussures. L’opération n’a duré que quelques secondes. Alors que les étudiants referment grille et portes, les gendarmes reculent et se remettent en ligne.
19 h. 40 : A l’intérieur de la Faculté, un jet a été branché, on arrose pour atténuer les effets, des grenades lacrymogènes.
19 h. 50 : A une fenêtre de la Faculté, une pancarte apparaît : « CRS SS ».
Des cris devant la grille. Un manifestant brandit un drapeau rouge·
20 h. 10 : Le drapeau rouge est placé sur le toit de l’appentis.
A quelques dizaines de mètres des manifestants, le peloton de gendarmes ferme toujours la rue. Les cris s’apaisent.
20 h. 13 : Lancée par une fronde, une pierre vient, frapper en plein visage le gendarme Varlet, de la brigade de Neuville. Celui-ci est blessé et perd son sang. On l’évacue.
20 h. 30 : Le drapeau rouge est mis à une fenêtre du second étage. Pendant ce temps dans la rue, le peloton de gendarmes se range de chaque côté de la place. La voie est à nouveau ouverte.
A l’intérieur de la Faculté, les manifestants semblent devoir se disperser.
20 h. 40 : Il ne reste plus que cinq personnes dans la cour. Par la suite et jusqu’à 21 h. 15, par petits groupes, les manifestants quitteront les lieux. Il y a un va-et-vient, car une réunion était prévue.
Le service d’ordre reste en place.
Photo : Les manifestants sont refoulés par le service d’ordre, au moment où ils s’avançaient vers la place de la Liberté
Photo : Devant Notre-dame, hier matin, des panneaux avaient été placés par les étudiants qui interrogeaient les passants sur leur position. Cela donna lieu à des mouvements divers. La police intervint pour enlever les panneaux.
La vitrine de la pharmacie de M. Pierre Vertadier, maire de Poitiers, député sortant a été brisée la nuit
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le 25/06/2022 à 15:59
Source : Centre Presse
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