0722330/04/1970POITIERS
Le meeting de protestation contre le projet de loi « anti-casseurs » a réuni hier soir, à Poitiers, plusieurs centaines de participants.
C’est à l’appel du Parti radical, du Parti socialiste, du PSU, de la Convention des Institutions Républicaines, du Parti communiste, de l’AGEP (UNEF), des Unions départementales CGT, CFDT, de la Section départementale de la FEN et d’Objectif 72, qu’était organisé ce rassemblement ; dans le cadre de la journée nationale d’action menée par les partis de gauche et les syndicats, contre le projet de loi « tendant à réprimer certaines formes nouvelles de délinquance ».
A la tribune
Devant une foule évaluée à 500 personnes environ, quatre orateurs allaient intervenir : MM. Goupy, du PSU ; Fromonteil, du Parti communiste ; Jean-Pierre Vidal de l’AGEP (UNEF) et Laumont de la CGT.
Ils avaient été présentés par M. Vidal, responsable départemental de la CFDT. C’est M. Courtade, leader départemental du Parti socialiste qui devait lire la résolution, adoptée à l’unanimité.
A la tribune on notait également la présence de MM. Cartraud, conseiller général, représentant la Convention des Institutions Républicaines ; Nony de la FEN et Mlle Blondel, d’Objectif 72.
« Le printemps des travailleurs »
« Notre manifestation est celle de l’indignation contre un projet de loi dite scélérate, mais qu’il faudrait qualifier d’inspiration fasciste », déclara en substance M. Vidal (CFDT) en ouvrant la réunion.
Pour M. Goupy (PSU) « Le pouvoir veut faire du mouvement étudiant, un bouc émissaire ». Et « la loi scélérate est une réplique au printemps des travailleurs, en mai 68 ». Il affirma : « La classe la plus puissante impose sa loi et légalise sa propre violence ; quand elle ne pourra plus se maintenir au pouvoir, elle l’abandonnera à une bande de truands fascistes ».
« Pas solidaires de ceux qui agressent des travailleurs »
Avec force dans son allocution, M. Paul Fromonteil, membre du Comité central du PC et secrétaire de la Fédération de la Vienne, affirma :
« Le prétexte à cette loi, ce sont les actions commises par des groupes de provocateurs qui rendent de signalés services à la police. Nous ne sommes pas solidaires des provocateurs, ces auxiliaires du pouvoir. Nous ne serons jamais solidaires de ceux qui agressent les travailleurs du métro et des restaurants universitaires ».
Les quelques protestations qui fusèrent furent vite couvertes par des applaudissements nourris. Le leader du Parti communiste considéra cette journée comme « une première et importante étape dans la lutte contre la loi scélérate », la qualifiant de « fait politique important ».
Enfin, M. Fromonteil assura qu’« aucun obstacle à l’union ne peut ne pas être surmonté pour établir une entente claire, solide et loyale des forces démocratiques ». Il ajouta que le Parti Communiste était prêt à toutes discussions dans cette optique et ce but.
C’est une « répression quotidienne contre les militants ouvriers et étudiants qui veulent renverser le régime capitaliste » que M. Jean-François Vidal (AGEP UNEF) stigmatisa ainsi que « la bourgeoisie qui utilise la violence des forces de l’ordre contre ceux qui ne sont pas d’accord avec eux ».
« Pour l’émancipation des travailleurs »
Responsable départemental de la CGT, M. André Laumont déclara en préliminaire : « Nous voici une fois de plus, réunis dans la lutte contre le capitalisme ». Selon ses propres termes, il devait s’attacher à « replacer la loi scélérate dans son contexte ».
C’est sur le plan social qu’il allait situer son argumentation. Il appela « à la vigilance la classe ouvrière, dans les luttes pour des revendications particulières et dans la lutte en commun pour mettre en échec cette politique du pouvoir ».
En cette veille du 1er mai, M. Laumont évoqua les étapes de la lutte syndicaliste depuis « les pendaisons de Chicago » jusqu’à nos jours, sans oublier « Les 1er mal vécus sous l’occupation ».
Il conclut : « Nous créerons les conditions pour l’émancipation par la lutte des travailleurs ».
LA RÉSOLUTION
« A travers le texte qui tend à réprimer certaines formes nouvelles de délinquance, le gouvernement vise en réalité à étrangler la démocratie, le plein exercice de la liberté.
Au travers de mesures de ce genre on se présente comme le parti de l’ordre, alors que l’on alimente le désordre. Ce pouvoir, expression et soutien du capitalisme, dresse chaque jour contre sa politique de nouvelles couches sociales ce qui le contraint pour se survivre à accroître le processus répressif.
Nous constatons donc que le projet de loi, s’il permet aux casseurs de choisir les payeurs, menace chaque citoyen. Chacun, désormais, serait amené à répondre des actes qu’il n’aurait pas personnellement commis, dont il ne serait pas personnellement responsable.
Ce serait là enfreindre les grands principes républicains pour lesquels nos pères se sont déjà battus, pour lesquels ils sont morts, les Droits de l’homme et des citoyens.
Il s’agirait là d’un phénomène tragique de répression, La notion de responsabilité collective est radicalement contraire aux principes républicains et aux traditions du droit français.
Il ouvre la porte à l’arbitraire car il sera désormais possible au gouvernement de choisir ses victimes, Il s’agit là de l’introduction maligne d’une forme nouvelle de répression qui permettra d’éliminer successivement les adversaires gênants.
Il constitue une menace certaine pour l’ensemble des travailleurs et des forces démocratiques dans la mesure où il restreint tacitement leurs possibilités d’expression, où il s’attaque à ce qu’ils ont de plus cher qui est leur raison d’exister, la liberté, la volonté d’œuvrer pour une société socialiste.
Ce texte va légaliser les processus de provocation et réduit ainsi les droits de réunion, de manifestation, de grève en suspendant sur les organisateurs la menace permanente d’une répression légale.
L’autonomie de chaque citoyen est en question. La notion de responsabilités collectives fait de chacun d’entre nous un « otage » des événements que nous pensions suffisamment honteux pour paraître irrémédiablement révolus. Il n’en est donc rien : la distribution des journaux et des tracts sur la voie publique est déjà entravée, tout attroupement même risque d’être désormais, sauvagement puis insidieusement réprimé.
Le but réel visé est donc bien de s’attaquer aux libertés syndicales et démocratiques et de s’opposer à la lutte des travailleurs pour la défense de leurs intérêts.
A travers ce texte, le gouvernement issu de la peur et pour faire face au mécontentement que suscite sa politique, demande le vote d’un projet contraire aux principes fondamentaux de la démocratie. C’est là une grave menace pour les libertés publiques. Le complot latent contre la démocratie vient d'être révélé au grand jour. Seule l’union des forces populaires doit permettre de le combattre et de le juguler.
Si le texte gouvernemental était adopté, le pouvoir, celui-ci ou un autre, disposerait d’une arme qu’il pourrait utiliser en toutes occasions contre n'importe qui.
Ce projet est à l’image des colonels grecs, cette loi de répression convient peut-être aux dirigeants de Madrid, d’Athènes, mais non aux hommes épris de liberté, de justice.
Plus que jamais, l’avenir de la démocratie est entre nos mains.
Soyons vigilants et unis dans l’intérêt de l’Homme et de la démocratie. Le projet de loi « anti-casseurs » ne doit prendre place dans l’arsenal des lois répressives du système capitaliste ».
Ainsi que l’avaient demandé les organisateurs, la dispersion des participants s’effectua dans le calme.
Photo : L’assistance au cours du meeting à la Maison du peuple
le 08/09/2022 à 17:41
Source : Centre Presse
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