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0770313/01/1972POITIERS

VEUVE DU GRAND SYNDICALISTE DISPARU Mme LÉON JOUHAUX INAUGURERA LA NOUVELLE MAISON DU PEUPLE

Vendredi prochain, à 11 h 30, il sera procédé à l’inauguration de la nouvelle Maison du Peuple, en présence de nombreux invités, au premier rang desquels on remarquera Mme Léon Jouhaux, veuve du grand syndicaliste disparu en 1954, qui avait, le 15 juin 1930, présidé l’inauguration de l’ancienne Maison du Peuple de Poitiers.

Cette journée va constituer un événement dans la vie sociale à Poitiers, puisque de nombreux syndicats et associations diverses ont choisi la Maison du Peuple pour siège ou lieu de réunion. Ouvert voici déjà plusieurs mois, le chantier s’achève et, plus d’une fois, nous avons consacré des reportages à cette construction, qui va succéder à l’ancienne et qui en conservera la même adresse.

En fait, vont demeurer un certain nombre de bâtiments anciens mais cette construction va avoir le grand mérite de former un ensemble cohérent entre la Bourse du Travail et le Bureau d’Aide sociale. Ce qui est surtout important dans le projet, c’est la présence d’une grande salle moderne de réunions de plusieurs centaines de places, équipée de fauteuils, d’une scène et d’installations permettant des projections.

Moderne par sa conception, cette salle de conférences l’est aussi par son architecture avec sa grande et belle façade en verre donnant sur, la cour d'honneur entièrement refaite.

Mais, la Maison du, Peuple a été agrandie du même coup, car elle comprend d’autres salles dont une grande située au niveau de la rue Saint-Paul avec entrée par le foyer des personnes âgées.

L’ensemble des travaux a permis de revoir entièrement le cadre d’accueil et un jardin a été tracé près de l’ancienne terrasse avec un bassin et massifs fleuris.

Hier, les ouvriers mettaient la dernière main à l’équipement, on « fignolait » l’intérieur, on surveillait tous les détails afin que ce nouvel immeuble soit fin prêt pour l’inauguration, demain matin.

Comment est née la Maison du Peuple

A partir de 1928, les syndicats ouvriers se plaçaient dans la perspective de la mise en application de la Loi des Assurances sociales qui devait entrer en vigueur le 1er juillet 1930. Aussi, avaient-ils créé une Mutuelle qui devait donner le jour à la Caisse d’Assurances sociales « Le Travail », la seule étant gérée exclusivement par des salariés.

Ces raisons impératives furent comprises et appréciées par le Conseil municipal de Poitiers présidé par M. Gabriel Morin. Elles incitèrent l’assemblée municipale à rechercher les voies du logement étant le plus urgent, la construction d'une Maison du Peuple fut décidée.

L’École primaire supérieure installée rue Arsène-Orillard devant être transférée place de la Cathédrale dans les locaux de l’ancien Évêché, le choix du Conseil municipal se porta vers la rue Arsène-Orillard, les locaux d’enseignement étant devenus vacants. Mais hélas, il s’agissait d'immeubles désuets, presque en ruines.

De nos jours, on aurait tout rasé. A l’époque, les crédits communaux étaient limités. Bref, l’aménagement des anciens locaux de l’École primaire ayant été décidé, les travaux furent confiés à la direction de l’ingénieur de la ville de Poitiers qui, à l’époque, était M, Langelier,

On répara une partie des locaux et l’on construisit une salle des fêtes.

Les travaux furent achevés au début de 1930. L’Union des Syndicats Ouvriers vint s’installer rue Arsène-Orillard et abandonna sans regret, la rue du Doyenné.

La vocation de la Maison

Une Maison du Peuple a une importance capitale dans la vie d’une cité et il est bon de le rappeler à l’occasion de cette inauguration.

C’est cette pensée qui avait déjà prévalu en 1928 quand municipalité de l’époque s’était engagée à construire un local afin de loger convenablement les syndicats ouvriers.

La Maison du Peuple a donc permis un regroupement et surtout en offrant des salles, elle constituait un lieu de rassemblement pour l’organisation de réunion ou de meetings.

La Maison du Peuple, dans une ville, c’est aussi pour les retraités, la possibilité de se retrouver, ne discuter de leurs problèmes. Elle apporte donc dans une ville une vie sociale importante et elle se trouve au centre de nombreuses activités. Son rôle est essentiel et nous pensons que celle qui vient d’être réalisée à Poitiers répondra parfaitement à cette vocation.

Des souvenirs pour Mme Léon Jouhaux

Revenir à Poitiers sera pour Mme Léon Jouhaux un voyage qui lui rappellera des souvenirs émouvants.

C’est la guerre et l’occupation du sol national par les armées nazies. Le bureau confédéral de la CGT se replie à Poitiers en raison de l’avance allemande.

La Maison du Peuple de Poitiers accueille les camarades fuyant devant l’envahisseur. On installe une sorte de campement provisoire dans les salles. M. Bothereau ira loger place du Marché, chez le camarade Mascomère, secrétaire du Syndicat du Cadastre. M. Léon Jouhaux et son épouse ont trouvé refuge à Saint-Benoît, où M. Massé, secrétaire du Syndicat du Parc d'Artilllerie, leur a aménagé un gîte.

Mais l’avance allemande se poursuivant, le bureau confédéral se replie à nouveau, à Bordeaux.

Grace à la clairvoyance, à la volonté tenace d'une poignée de camarades, l’occupation allemande n’a pas supprimé l’activité syndicale ; celle-ci reprend dans la clandestinité, à Poitiers comme ailleurs.

Dans la Maison du Peuple, on établit des cartes d'Identité (fausses, bien entendu), on distribue des cartes d’alimentation d’origines douteuses. Si l’on recherchait bien dans certains murs ou dans les caves, on retrouverait encore des armes ou ce qu’il en reste.

... et pour M. Henri Souchaud

Aujourd’hui, M. Henri Souchaud, de Vivonne a eu une très longue carrière professionnelle et syndicale. Il figurait au nombre des personnes qui ont reçu M. Léon Jouhaux à la gare de Poitiers.

Il nous a confié :
« Léon Jouhaux arriva à Poitiers par le train de Paris le 24 juin au soir. II était accompagné par Henri Pétonnet, alors conseiller général du canton nord de Poitiers et conseiller municipal, Dans le même train avaient pris place Raymond Duplantier, sénateur de la Vienne ainsi que Pierre Colomb, député.

« Sur le quai de la gare Jouhaux fut accueilli par le secrétaire général de la préfecture M Mauduchet, adjoint au maire et par une importante délégation de l’Union des Syndicats conduite par Eugène Audinet.

« Pendant son séjour à Poitiers, Jouhaux logea à l’Hôtel du Palais, établissement qui devait être détruit par les bombardements aériens de 1943 ».

Photo : La nouvelle façade de la Maison du peuple
Photo : M. Henri Souchaud

 

 

le 01/11/2022 à 10:21

Source : Centre Presse

locaux, historique, guerre

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