0860119/10/1974POITIERS
Pour honorer les commandes en cours
Les ouvriers continuent toujours à exiger le plein emploi
Alors que la première semaine d’occupation de l’usine Oudin par les ouvriers licenciés se termine un léger espoir de reprise du travail s’est dessiné hier après-midi. A l’initiative du préfet de région, une réunion s’est tenue à la préfecture en présence des délégués CGT de l’entreprise. Elle a débouché sur une première proposition : la constitution d’un comité paritaire de surveillance et d’information, dans le but de participer et d’informer les salariés sur chaque phase de la liquidation du passé de l’entreprise Oudin et, d’autre part, l’élaboration des moyens destinés à remettre sur pied de nouvelles structures de production. Proposition suivie d’une seconde qui est son corollaire :
Une reprise temporaire du travail afin de satisfaire les commandes en cours (elles pourraient occuper soixante personnes pendant cinq ou six mois) et d’effectuer les livraisons. Cette solution aurait un autre mérite, celui de créer un climat propice au démarrage d’une nouvelle entreprise.
Outre le préfet de région et les délégués de l’entreprise, d’autres personnalités étaient présentes : un représentant de la Mission économique, un délégué de l’association « »Ouest-Atlantique » qui a déclaré avoir pris plusieurs contacts pour une éventuelle reprise d’activités d’Oudin, le directeur départemental de la Main-d'œuvre, le secrétaire du CODEV, les représentants de la Chambre syndicale de la métallurgie de la Vienne, ainsi que les syndics et les anciens directeurs MM. Oudin et Bernard.
Au cours de la conversation, plusieurs personnes ont regretté « l’ambiance néfaste qui s’est créée autour de l’affaire ».
Un comité de surveillance
Le comité de surveillance proposé serait composé des deux syndics, Mes Béraud et Wagner, de deux employés de l’entreprise {un ouvrier, un administratif) et d’une personnalité neutre, choisie en dehors de l’entreprise et de l’administration.
Par ailleurs, la direction se propose, en accord avec les syndics, à régler le salaire qui reste dû (les jours d'octobre) non pas sur la base de 32 heures de travail, mais sur la base de l’horaire précédent (43 heures), base qui servirait également pour le calcul des indemnités de chômage ;
La position des syndicalistes CGT
La première réaction des délégués du personnel est résumée dans une déclaration dont voici l’essentiel :
« Devant ces propositions, les représentants des travailleurs et le syndicat CGT ont estimé que, pour des raisons de principe, ils ne pourraient s’associer à un quelconque comité de surveillance dont le but évident est de permettre une caution ouvrière et syndicale à la liquidation du passé ». Si le but recherché par le comité de surveillance est effectivement d’informer l’ensemble des intéressés nous estimons que les travailleurs se sont donnés des organisations syndicales qui permettent l’expression de la plus large démocratie à tous les niveaux, majeures dans leurs décisions, indépendantes dans leur fonctionnement ».
« En ce qui concerne la satisfaction des commandes en cours et plus généralement la reprise de l’activité des ouvriers, la CGT rappelle que ce sont ces préoccupations qui sont le centre de leurs revendications et l’objet de la lutte qu’ils conduisent avec beaucoup de responsabilité afin que l’emploi soit sauvegardé pour l’ensemble des personnels. En conséquence, nous acceptons de reprendre le travail à condition :
- que ceci concerne l’ensemble des salariés et pour une période non limitative ;
- que ce travail s’effectue dans la meilleure ambiance possible et pour que soit levée toute ambiguïté et que soient également retirées toutes les lettres de licenciement ;
- que tous les salaires soient pavés intégralement sur la base de 44 heures depuis le 30 septembre.
En attendant, donc une éventuelle reprise du travail, l’occupation de l’usine va re poursuivre durant tout le week-end.
Au sujet de cette occupation, Me wWagner, syndic, nous a fait la déclaration suivante en présence de son collègue Me Béraud
Les syndics : « pas de vente sauvage »
« Les syndics ont demandé à tout le personnel de participer, dans le cadre d’un préavis payé, à la confection de l’inventaire, à toutes les formalités administratives et comptables qui s’imposent tant pour le maintien des éléments d’actifs que pour donner satisfaction à la clientèle à propos des pièces détachées dans la mesure du possible. Mais ils se sont heurtés à un refus, du moins en ce qui concerne les deux choses essentielles : l’établissement de l’inventaire et celui des bordereaux.
« En ce qui concerne les pièces détachées, les syndics ont appris par plusieurs clients qui s’étaient adressés directement à l’usine, qu’un comité de travailleurs était disposé à leur remettre des pièces contre de la monnaie en espèces ou des chèques à l’ordre d’une organisation syndicale.
« Les syndics ont affiché une notice informant que toute « vente sauvage » dont les fonds seraient encaissés par un comité quelconque serait considérée comme détournement d’actif.
« L’inventaire s’effectue actuellement avec l’aide de quelques employés qui sont neutres, mais avec beaucoup de difficultés puisqu’en fait tout le personnel sous préavis devrait travailler, mais continue à être en grève ! ».
Des pourparlers pour une gérance
Après cette déclaration, les syndics nous quittaient pour rencontrer des conseillers d’industriels parisiens venus pour des pourparlers préparatoires en vue d’une société d’exploitation dont le but serait de reprendre l’affaire en gérance dès que la précédente serait liquidée.
C’est peut-être là que se trouve le véritable espoir. D’autant plus, croyons-nous savoir, que la Chambre syndicale de la métallurgie se préoccupe également des possibilités de reclassement dans d’autres entreprise de la région, des ouvriers qui seraient définitivement licenciés. Mais là, on sait que la situation n’est guère favorable à l’embauche.
Soutien aux travailleurs
On nous communique :
« Le Parti communiste révolutionnaire a créé un Comité de défense des travailleurs de chez Oudin. Il a engagé une campagne et a collecté 258 F. à Bel-Air, somme qui sera remise lundi à l’A.G. des travailleurs. Pour prendre contact, écrire au journal « Front Rouge », B.P. 16175864, Paris Cedex 18, qui transmettra.
Par ailleurs le syndicat CGT rappelle que seul est à considérer pour la solidarité le compte de M. Jean-Pierre Desport, Crédit Agricole (Jaunay-Clan) numéro 01 22 3550 ou à l’UL CGT de Poitiers, CCP 872 61 Z Limoges, en précisant : « Solidarité Oudin ».
le 18/02/2023 à 15:51
Source : Centre Presse
Espace Militants v0.3 - UD CGT 86 - http://cgt-ud86.org